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     »  Une "pape" de transition

Nous avons vu, il y a quelques mois, le problème que rencontre l'amateur pour "passer des oeufs". La marge est très étroite : les oeufs passés doivent avoir été pondus au maximum deux jours avant à deux jours après les oeufs éliminés. Sinon, il n'y a pas encore de "pape" (moins de 16 jours de couvage depuis le 1er oeuf), ou bien il y a de gros risques d'abandon de nid.
J'ai reçu, il y a quelques semaines, une lettre d'un jeune amateur qui m'expliquait ses difficultés sur ce plan. II lui arrivait souvent de se voir offrir des oeufs alors qu'il n'avait aucun couple ayant pondu dans les délais possibles indiqués plus haut. II me disait avoir résolu le problème de l'incubation artificielle dans une petite couveuse classique, facilement, mais que le gros problème, c'était le lait de pigeon (pape) des 6 7 premiers jours. Les granulés pigeons (17% de protéines 4 5% de matières grasses 5% de cellulose 60% environ d'hydrates de carbone amidon surtout) délayés dans l'eau ne donnaient pas de bons résultats. Que me conseillez vous ? concluait il.
Quelle est donc la composition chimique du lait de pigeon ? Environ (selon nourriture des parents) 75% d'eau, 13 à 14% de protéines, 8% de graisses, 1,5% de minéraux (phosphore calcium magnésium potassium). Je rappelle que cette sécrétion (comme le lait est le produit de la mamelle des mammifères) n'est pas un mélange de graines broyées "revenues" du gésier après broyage, comme la structure grumeleuse pourrait le faire penser. La seule incidence de la ration absorbée par le pigeon éleveur est dans l'apport de protéines et de graisses en quantité suffisante pour compenser la production physiologique du lait. Si la ration est insuffisamment riche en protéines, le pigeon éleveur maigrit rapidement puisqu'il "puise dans sa masse musculaire" pour faire la pape nécessaire.
Dans la composition du lait de pigeon, on voit donc qu'il n'y a strictement aucun hydrate de carbone (amidon-sucres). On est donc loin de la composition des granulés pigeons qui en contiennent 60%.
II fallait donc rechercher un complexe alimentaire, facilement digestible. Les laits concentré, séché, ou autres sont tous riches en sucres (lactose) et d'autant plus à rejeter que les pigeons sont incapables de digérer ce lactose (leur appareil digestif ne produit pas la diastase nécessaire, appelé lactase).
Et puis, il y a aussi l'oeuf. Après tout, le pipant s'est formé pendant 18 jours depuis le jaune et le blanc de l'oeuf. Pourquoi pas quelques jours de plus ?
Si on étudie la composition chimique de l'oeuf entier, on voit qu'il contient 74 à 75% d'eau (comme la pape), 12 à 13% de protéines (presqu'autant que la pape), 11% de graisses (nettement plus que la pape 8% ) auxquels ont peut ajouter les minéraux de l'oeuf lui-même 1 % environ et ceux de la coquille 9%.
L'oeuf présente donc un intérêt certain pourcentages d'eau protéines sont très proches de ceux de la pape. Les matières grasses sont plus abondantes et les minéraux peuvent être assez bien ajustés par l'emploi de poudres minérales judicieusement employées. Ou même le broyage des coquilles en tout ou partie.
Après cette étude, j'ai donc décidé de passer aux essais pratiques. Je me suis contenté de mettre sous un couple, des oeufs pondus 5 jours plus tôt que ceux de ce couple. Les pipants sont donc nés au 13e jour de couvage, où toute sécrétion de pape est strictement impossible. Je pris des oeufs de pigeonne frais pondus (les femelles de veufs s'abandonnent quelquefois), les ouvris et passai au fouet. Mélange bien homogène, dont il semble qu'on peut l'additionner d'un tout petit peu d'eau. Matin et soir, les pipants ont reçu à chaque fois, au moyen d'une pipette puis d'une seringue montée d'une fine canule plastique, 1 puis 2 puis 3 puis 5 ml d'oeuf battu.
Dès le 2e jour, j'y ai ajouté un fragment de comprimé minéral (on peut aussi délayer un tout petit peu de vitaminéral dans l'oeuf battu.
Seule difficulté : les parents adoptifs cherchent à gaver les pipants dès le 3e jour, et ce, avec des graines évidemment. Mais les pipants ne semblent pas spécialement affectés par cet apport prématuré de grains qui devient nécessaire au 6 7e jour, à partir duquel il faut rapidement réduire la quantité d'oeuf battu. Les pipants supportent parfaitement cette nourriture. II est certain que leur élevage en couveuse serait plus facile, surtout si on fait un "lot" (les oeufs frais pondus peuvent être conservés 8 à 10 jours dans du coton humide, à la température ordinaire avant d'être mis à couver). Quand les pipants ont 8 jours, on peut les passer à n'importe quel couple sur le nid, sans difficulté.
C'est préférable au gavage "à la main" qui donne des pigeonneaux d'une extrême familiarité pleine d'inconvénients pour des pigeons de sport.
D'autres essais pourront être utilement faits en employant des veufs de poule et peut être ultérieurement des sources protéiques différentes.
Le plus important est de savoir si cette technique mise peu à peu au point, a un avenir pratique plus vaste que celui du petit truc utile de temps en temps.

J. P. STOSSKOPF



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