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     »  Triage, mue et santé

La fin de la saison sonne puisque la grande mue est là, favorisée par un mois d'août enfin estival. Et, à la fin de la saison, l'amateur fait ses comptes et en demande... à ses pigeons.
On a coutume de dire que la qualité de la mue conditionne la saison sportive suivante. Ça n'est que partiellement vrai et je m'en explique. La santé des pigeons comme celle de beaucoup d'êtres humains est un complexe où interviennent toutes les données d'un équilibre. D'un côté, l'organisme du pigeon avec sa vitalité c'està dire son aptitude à se défendre (donc à se dépenser) contre toutes agressions, de l'autre côté tous ses ennemis quels qu'ils soient (depuis le rapace, ses congénères jusqu'aux parasites, microbes et virus). Et quand les ennemis prennent le dessus, c'est la disparition, ou tout au moins la maladie. Dans le cas contraire, c'est la santé excellente, exubérante bref la grande forme.
II est bien évident que cette santé peut être remise en cause dès qu'un incident dans la vie du pigeon diminue son aptitude à se défendre. II devra alors montrer qu'il est capable de le surmonter spontanément. Sinon cela nécessitera une aide alimentaire (par exemple un supplément vitaminique) ou médicamenteuse, ou son élimination.
Mais de plus en plus souvent, on rencontre des colonies où sévit ce qu'on appelle un « microbisme d'élevage » c'est à dire que pratiquement tous les pigeons sont porteurs d'un, deux ou trois microbes dans les diverses parties de leur organisme (viscères, sinus, cerveau, glandes génitales) où leurs dégâts sont plus ou moins marqués. A ce stade, le triage énergique (en particulier au niveau des pigeonneaux) et permanent est une condition essentielle de la survie de la colonie. Et l'équilibre pigeon / microbe est d'autant plus fragile que le microbisme est permanent. C'est alors que la qualité de la mue peut constituer un « baromètre » particulièrement sensible de la santé et permettre un triage rationnel. Comment apprécier la qualité de la mue ? II y a 3 critères : la longueur, la qualité, la régularité de la plume.
Quand un pigeon, au cours de la saison, "fait une crise" et que l'amateur le soigne judicieusement, un V marque la rémige en cours de croissance pendant la crise mais aussi la rémige suivante apparaît beaucoup plus belle, plus longue de 10 ou 15 mm que celle qu'elle a remplacé. La mue est le reflet de la santé. L'appréciation de la longueur des rémiges nouvelles est donc une bonne base de triage. Si la plume est plus longue, c'est que le follicule qui la produit reçoit un sang plus riche en éléments nécessaires : acides aminés, vitamines, minéraux. II a tout ce qu'il faut pour bâtir un plumage magnifique. C'est aussi que l'alimentation a apporté les éléments nécessaires sous forme de graine de lin, d'acides aminés soufrés (méthionine cystine) de minéraux complets, de vitamines (A- B2 -B12- F) et que l'intestin et le foie étaient capables de les assimiler parfaitement. Voilà le tableau complet des conditions indispensables d'une mue optimale.
La qualité de la plume, c'est la solidité et l'imperméabilité. La solidité est justement directement liée à la teneur en minéraux, en soufre (des acides aminés soufrés) et en vitamine A. L'imperméabilité est fonction de la qualité (arrimage des barbules entre elles) et aussi de la production de la glande uropygienne petit « bouton » situé au bout du dos, à la base de la queue, très facile à voir sur le dessus de « l'as de pique » où s'insèrent les plumes caudales quand on plume un pigeon. Cette glande produit un liquide gras, abondant chez le pigeon en bon état, que le pigeon étale sur son plumage avec son bec.
La régularité s'apprécie aile légèrement ouverte. L'oeil exercé de l'amateur a tôt fait d'y découvrir une anomalie. Chaque rémige a sa dimension propre et si elle n'est pas assez longue, c'est que le pigeon a souffert continuellement d'un handicap pendant la pousse de cette rémige. Quand la crise est violente, non seulement la plume est plus courte et moins belle, mais encore marquée d'un V.
L'appréciation sur les plumes de couverture est moins facile. C'est pourtant très possible en soulevant quelques unes en différents points du corps et en appréciant leur qualité, la régularité de la hampe et des barbes, la régularité de la coloration. II faut se dire qu'une crise quelconque agit sur tout ce qui est en évolution à ce moment là dans l'organisme du pigeon.
Enfin, cas un peu spécial : les pennes de sang. II s'agit de rémiges anormales, victimes d'une hémorragie de la hampe avant l'apparition des premières barbes hors du tube (on dit que la plume « fleurit »). Cette rémige est alors plus courte, pratiquement sans barbe, rabougrie, noirâtre. Ça peut être un accident. Dans ce cas, la plume malade est la seule chez ce seul pigeon. Si l'anomalie apparaît de chaque côté, dans chaque aile, à la même rémige, si plusieurs pigeons en sont atteints, alors il faut soupçonner une maladie microbienne qui menace toute la colonie. Le problème dépasse donc largement celui de l'élimination des rares pigeons atteints.


Jean Pierre STOSSKOPF



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