Chacun admire le nouveau plumage
des rescapés de la sélection
automnale : soyeux, brillant, de
teintes franches. Les grandes rémiges
qui restent à tomber font
piètre figure et les tardifs
doivent bien se tenir pour résister
à la comparaison.
Ce plumage nouveau est le reflet
de la santé récente.
Les rémiges ont marqué
les incidents depuis le début
mai. C'est avec ce plumage là
que le pigeon va voler l'an prochain.
II est donc primordial que ce plumage
impeccable le reste et, s'il ne
l'est pas, que l'amateur cherche
à l'améliorer de manière
que le rendement sportif du pigeon
soit le meilleur possible en toutes
circonstances, atmosphériques
en particulier.
Un beau plumage peut être
victime surtout d'attaques extérieures.
Si la pluie, le soleil n'attaquent
que lentement le plumage et ses
pigments (couleurs), des ennemis
de la plume et de la peau provoquent
des dégâts beaucoup
plus graves. En premier lieu, le
Falculifer, petit parasite qui vit
dans le picot de la plume, en sort
la nuit et fait le long de la hampe
des petits trous plus ou moins régulièrement,
qui rappellent des piqûres
à la machine à coudre.
Cela correspond à la section
de barbes de la rémige qui,
peu à peu, sous l'effet du
vol, vont se désagréger
et donner à la rémige
un aspect en « peigne édenté
» du plus fâcheux effet.
Des bains hebdomadaires réguliers
avec un insecticide valable, ou
le saupoudrage sur le plumage, tuent
rapidement ce parasite, mais une
fois que les trous sont faits, il
est trop tard. II n'y a plus qu'à
tuer le parasite quand même
afin que les dégâts
n'augmentent pas et... attendre
l'année suivante.
Plus grave est la gale déplumante,
ça n'est pas un parasite
de la plume, mais de la peau. II
se multiplie dans les follicules
plumifères entourant les
picots d'un petit manchon réactionnel
qui déchausse la plume (généralement
de couverture, au niveau du jabot,
du dos, de l'avant bras) et provoque
sa cassure à 1 /2 centimètre
de la peau.
Peu à peu ça gagne,
s'élargit, apparaît
ailleurs, le pigeon transportant
le parasite avec son bec sur d'autres
parties du corps, d'autant plus
facilement que les démangeaisons
augmentent. Le meilleur remède
chez ces oiseaux restent les applications
de lindane sur les parties malades.
II est toujours bon, avant tout
traitement, de faire peser un diagnostic
précis au microscope. Des
défauts de croissance dans
la hampe, marquent celle ci de fins
étranglements (les barbes
sont marquées de même
façon sur une rémige
en croissance lors d'un concours
dur ou une maladie, forment un V
bien connu des amateurs) au niveau
desquels la cassure sera facile.
II s'agit en fait d'un défaut
de santé ou d'une carence
alimentaire au moment de la grande
mue et cela n'a rien à voir
avec la gale. L'intervention de
l'homme de l'art a donc son utilité
dans la plupart des cas, le diagnostic
de « gale déplumante
» à propos de ces incidents
étant souvent sujet à
caution.
Et puis, il y a les incidents de
la fin de la mue. Pennes de sang,
plumes fendues, plumes pointues,
etc.
On a coutume de dire que les pennes
de sang sont accidentelles, dues
à un choc sur le follicule
en activité, la jeune plume
encore pleine du sang nourricier
victime de ce choc provoquant une
hémorragie. C'est souvent
vrai, à la condition que
l'accident n'atteigne qu'une rémige
et un ou deux piqeons dans la colonie.
Bref, qu'on puisse croire à
l'accident. Car il existe aussi
d'autres causes à ces plumes
de sang. En particulier tout ce
qui modifie la circulation au niveau
de la main, très compliquée
anatomiquement (comme chez tous
les animaux). Par exemple, les arthrites
(inflammation aux articulations)
génératrices d'oedème,
de douleur sont les causes de pennes
de sang. Elles sont dues en fait
au microbe de la parathyphose. Dans
ce cas, il y a souvent 2 ou 3 pennes
de sang l'une à côté
de l'autre, ou une dans chaque aile.
Cela atteint plusieurs pigeons dans
la colonie. Et puis d'autres boitent,
ont une patte enflée. Quelques
tardifs ont été ratés...
Bref la colonie montre à
l'amateur attentif qu'elle ne va
pas droit. On a beaucoup écrit
au sujet de la conduite à
tenir alors. II y a, je pense, une
règle : attendre la fin complète
de la mue. Ensuite s'assurer que
cet accident en est bien un. Si
oui, alors intervenir : bains chauds,
vitamines K, complexe vitaminique,
graine de lin. acides animés
soufrés et juste après
un dernier bain chaud, arracher
la plume de sang. La réussite
est à ce prix.
Les plumes fendues ont fait couler
beaucoup d'encre. C'est évidemment
un défaut à ne pas
cultiver. Mais sont elles dues à
un défaut de santé
général comme c'est
souvent le cas dans les colonies
(trichomoniase coccidiose, etc.),
toutes maladies contagieuses dont
souffrent tous les pigeons, plus
ou moins, de la colonie), provoquant
une mue défectueuse et ce
défaut de la hampe en particulier,
par simple manque de vitalité.
Ou s'agit il d'un caractère
héréditaire, transmissible
quoi qu'on fasse ?
Je penche personnellement pour la
première hypothèse.
Voilà une petite enquête
pour s'amuser cet hiver.
Docteur STOSSKOPF