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     »  Quand les pigeonneaux déçoivent

Le jeu des pigeonneaux qui prend de plus en plus d'extension est devenu, grâce à la généralisation de l'élevage précoce, non seulement primordial par sa durée, mais encore parce qu'il est l'exutoire des colombophiles déçus par le jeu avec les vieux. Bien entendu, cela n'est qu'une vue générale, d'autant plus que je suis persuadé qu'un joueur qui brille avec ses pigeonneaux brille aussi avec ses vieux. Evidemment dans des années comme celleci, dont le printemps a été lamentable, bien des équipes de bons vieux ont été décimées et l'amateur en est réduit à « faire avec ce qu'il a ». Encore faut il que ces pigeonneaux ne le déçoivent pas à leur tour.
Remarquons tout d'abord, qu'à la différence des vieux, un pigeonneau se perd beaucoup plus facilement. Si les colonies, où les vieux ne sont constatés qu'à la queue des prix ou juste hors des prix mais sans pertes notables, sont très fréquentes, celles où les mêmes faits se produisent avec les pigeonneaux sont beaucoup plus rares. Dans ces colombiers où tout n'est pas en ordre, le premier signe est la perte massive de pigeonneaux à l'entraînement, en particulier entre 50 et 150 km.
Par les vents poussants que nous avons connus en juin, la plupart des amateurs ayant à déplorer des pertes importantes, croient trouver une excuse en disant : « Ils sont passés, partis en Hollande », etc. D'abord les statistiques sur les pigeons signalés montrent qu'il y a plus de pigeonneaux qui s'arrêtent en route que de pigeonneaux qui s'en vont trop loin. Ensuite, un bon pigeonneau, courageux et bien entraîné, revient tout de même au colombier.
Bien sûr, ces pertes et ce mauvais rendement peuvent trouver explication. Tout d'abord, admettons par expérience que sur 100 pigeonneaux, 20 tout au plus seront des pigeons dignes d'intérêt. Les 80 autres comprennent les imbéciles et les paresseux. A partir de ce raisonnement, et même si on fait varier la proportion de bons, la disparition des imbéciles et des paresseux est toujours souhaitable et le plus tôt est le mieux.
Si certaines années se révèlent comme de « bonnes années » où l'élevage comprend une grande proportion de pigeons de haute qualité, d'autres se révèlent très mauvaises à une confiance exagérée en de nouveaux accouplements réservant souvent de biens cruelles déceptions.
Ensuite n'oublions jamais que les pigeonneaux ont à l'état aigu ce que leurs parents ont à l'état chronique.
C'est à dire que les pigeonneaux vont être encore beaucoup plus marqués par un ou plusieurs parasitismes chroniques chez les éleveurs. L'affaire va prendre des proportions catastrophiques très rapidement et c'est pour cela qu'on a rarement tout au moins aux premiers concours des brosses sans pertes. Le mauvais rendement des jeunes est dominé par trois critères d'ailleurs étroitement liés entre eux, comme on va le voir.
LE COLOMBIER : Un pigeonneau a besoin de beaucoup d'air et de soleil. L'une des causes initiales les plus fréquentes des déceptions sportives est la surpopulation du colombier des pigeonneaux. Pour avoir le maximum de chances, on élève beaucoup et un peu de tout. Les pigeonneaux sont trop nombreux pour te cubage d'air (3 est un grand maximum pour un mètre cube de colombier) et même certains n'ont pas « leur » nichette. Ainsi se trouvent réunies, déjà, plusieurs causes de déception : pas de nichette, pas d'amour du colombier, rien à défendre. Surpopulation : air vicié, donc porte ouverte aux maladies parasitaires et respiratoires. Ajoutez y hygiène plus difficile à satisfaire.
LA NOURRITURE : l'alimentation rationnelle du pigeonneau doit tenir compte à la fois de l'évolution continue de son organisme dont la croissance et l'évolution physiologique (puberté par exemple) n'est pas terminée, et des besoins de l'effort musculaire, de la tension nerveuse, et de la reconstitution musculaire après chaque concours. C'est dire que les besoins protéiques (donc en légumineuses) seront plus grands pour les pigeonneaux. Une ration trop riche en maïs, froment, etc., provoquerait très facilement un engraissement nuisible. II est bien évident que la ration est en quantité directement conditionnée par la durée et l'intensité des volées. Le pigeonneau qui use ses calories par de longues volées biquotidiennes doit recevoir plus que celui qui volète autour du colombier. La question de la durée et de la spontanéité de ces volées domine tout le problème du manaflage. On a cru, pour les veufs, résoudre le problème par des volées forcées. Si les volées sont très faciles à forcer chez les pigeons en parfait état, qui ont envie de voler, chacun sait qu'elles ne servent strictement à rien quand les pigeons sont sans enthousiasme. Les volées forcées des pigeonneaux sont l'exception. Mais l'observation de la volée des pigeonneaux est tout aussi intéressante que celle des vieux. Les trop gras retombent au toit rapidement. Mais aussi ceux dont les premières voies respiratoires sont enflammées. Par temps chaud, c'est le bec ouvert, après seulement quelques minutes d'un vol pénible et bas.
LA SANTÉ : Un pipant infesté d'un parasitisme peu important mange normalement mais vole peu, donc brûle peu. C'est le cas de ces pigeonneaux gras et mous, volant bas que nous venons de décrire. Dans cet état de chose, la trichomonose joue un rôle déterminant. Si elle affecte très peu l'état général, dans certains cas elle augmente l'appétit par l'inflammation du jabot, donc provoque l'engraissement ; elle est responsable, liée à un microbe, de toutes les inflammations nez yeux gorge oreilles » qui coûtent si cher aux amateurs : pigeons arrivant groupés au ras des prix, puis quand la distance augmente ou la chaleur monte, de plus en plus en retard, sans que les pertes atteignent jamais de grandes proportions. L'observation des fientes plates, verdâtres sans être mauvaises, sauf s'il y a coccidiose ou vers surajoutés, de l'intérieur du bec, de l'oeil (souvent légèrement humide). Au repos, le pigeonneau a souvent des mouvements du bec (comme s'il c goûtait » quelque chose) ou se gratte le nez avec une patte (la narine se salit). Autre test, plus « fin » : quand on bouche les deux oreilles avec le pouce et l'index, le pigeon a presque immédiatement le réflexe de mouvement du bec.
II est bien évident qu'il est toujours recommandé de faire effectuer un examen de fientes. En effet si la coccidiose ou des vers viennent s'ajouter à la trichomonose et au coryza, d'abord le traitement devra obligatoirement être plus complet, ensuite le non traitement de ces parasitismes ignorés provoquerait la rechute automatique de la trichomonose et du coryza chez ces oiseaux encore de santé précaire puisque incomplètement « nettoyés ».
Ce serait une erreur de croire que la saison est fichue parce que mal commencée. De nos jours, hormis des affections très graves comme la paratyphose avec laquelle d'ailleurs on ne pense guère à jouer on peut remettre sur pied, sinon guérir, une colonie en quelques jours. Deux anecdotes pour finir : Un de mes amis, grand colombophile et homme de laboratoire, reçoit la visite d'un amateur qui lui dit : c Impossible de faire un prix avec mes pigeonneaux et j'en ai déjà perdu la moitié. » Examen de fientes et de salive. Diagnostic : trichomonose. On décide très vite d'un traitement par l'eau. Le samedi suivant l'amateur enloge 23 pigeonneaux sur Pont et le dimanche fait... 21 prix. Inutile de décrire sa joie. L'an dernier, en fin de saison, un excellent amateur de ma région vient le lendemain de l'avant dernier concours et me dit « Hier j'ai fait une brosse magnifique. J'avais vu que mes pigeonneaux ne volaient plus comme avant. » Examens microscopiques. Diagnostic trichomonose avec coryza. Traitement du mardi matin au vendredi soir par l'eau de boisson et deux piqûres qui par erreur sont faites le mercredi et le jeudi au lieu de mardi et mercredi. Enlogement vendredi soir pour la dernière étape 370 km : 1er, 3e, 6e et 8e de 4 engagés.
Voilà des faits.


Dr J. P. STOSSKOPF



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