Nous voici à l'époque
de la saison sportive où
l'amateur peut commencer à
faire son bilan. Si les conditions
atmosphériques ont été
mauvaises pour une bonne proportion
des concours, elles l'étaient
pour tous les concurrents et les
prix ont été enlevés.
Je souris toujours quand je vois
dans un palmarès, pour un
concours où l'amateur a pris
une triquée, la mention "désastre"
entre parenthèses. Que le
concours ait été dur
personne le conteste, mais les prix
ont tout de même bien été
enlevés. Cela peut expliquer
des pertes mais pas une proportion
inférieure de prix.
De toute façon, nous avons
eu un peu tous les temps, tous les
vents et l'amateur peut voir si
les aptitudes de ses pigeons sont
limitées à certains
vents ou à certaines circonstances
atmosphériques, donc joue
bien dans certains concours et pas
dans d'autres où les conditions
atmosphériques ont été
tout à fait différentes.
Voilà un premier point important,
qui suppose une étude soigneuse
des circonstances de la compétition.
Si l'amateur constate que les résultats
ont été médiocres
quelles que soient les circonstances,
ce n'est plus une question d'aptitudes
limitées des pigeons. II
est bien évident que je ne
parle ici que du rendement de pigeons
de valeur sportive connue, ayant
déjà un passé
sportif. Lorsqu'il s'agit d'inconnus,
il peut très bien y avoir
la malchance d'un mauvais élevage,
de peu de qualité intrisèque.
II y a de mauvaises années
là dedans aussi, et sans
bons pigeons...
Donc quand ça ne va pas,
l'amateur doit effectuer une enquête
que nous allons essayer de mener
ensemble. Nous devrons étudier
le colombier, les pigeons, l'alimentation.
les techniques de jeu, etc... C'est
donc un champ très vaste
qui nous est ouvert.
Le colombier... II ne peut être
en cause que s'il est nouveau et
que l'amateur n'y a jamais faits
d'éclats ou s'il a été
modifié. Au cours de l'hiver,
beaucoup d'amateurs dans l'espoir
d'améliorer le rendement
de leurs pigeons, calfeutrent, doublent
les parois, dans l'espoir d'avoir
plus de chaleur donc une forme plus
précoce et plus durable.
Toutes ces modifications se font
souvent au détriment de l'aération.
Ceci a deux résultats directs
: l'air vicié (respiration,
fermentations) n'est pas évacué,
donc les pigeons respirent cet air
vicié. Les muscles bleuissent,
les fientes deviennent mauvaises,
parasites et microbes s'en donnent
à coeur joie. Les volées
s'écourtent et c'est fini.
Comme partout où il n'y a
pas de mouvement d'air, l'humidité
stagne et là encore la coccidiose
en particulier trouve tout ce qu'il
faut pour devenir désastreuse.
L'environnement du colombier est
également très important
: des arbres qui grandissent augmentent
d'année en année l'humidité
de l'air ambiant et s'ils sont proches
du colombier, cela peut aggraver
l'affaire progressivement.
Les remèdes sont plus ou
moins simples. Abattre un arbre,
ou l'élaguer est une affaire
importante. Mais rétablir
une aération défectueuse
est peu de chose. Je signale l'intérêt
d'un léger chauffage au plancher
qui assure immédiatement
et à peu de frais un "tirage"
excellent et l'évacuation
rapide des gaz délétères.
L'examen des pigeons constitue le
deuxième volet de l'enquête.
Puisque leur rendement est mauvais,
l'amateur minitieux et attentif
doit déceler à l'observation
soit en mains, soit au colombier,
soit à la volée ce
qui ne va pas et par conséquent,
trouver le remède.
En mains le pigeon hors forme est
mou, j'allais dire liquide car on
a l'impression qu'il "ne tiens
pas ensemble". Cela n'a aucun
rapport avec son embonpoint car
il peut être très gras
et très lourd. C'est même
là, nous le verrons plus
loin, une circonstance aggravante.
Les chairs des muscles pectoraux
sont bleuâtres. La peau évacue
mal ses pellicules (fragments d'épiderme
mort, l'épiderme étant
en renouvellement continuel) et
apparaît épaisse, blanchâtre,
écailleuse.
L'intérieur de la bouche
est lui aussi beuâtre, souvent
glaireux. La fente du palais est
souvent fermée, glaireuse,
l'oeil plus ou moins humide. II
est toujours utile de pincer deux
ou trois fois de suite, énergiquement
les narines. Autre épreuve
facile : boucher les oreilles en
tenant le pouce et l'index sur les
premières auriculaires. Le
pigeon dont les premières
voies respiratoires et digestives
(nez et gorge) sont enflammées
a immédiatement le réflexe
d'avaler, avec un mouvement du bec
et de la gorge. Enfin l'inspection
de l'aile, rapidité et qualité
de la mue et de la plume nouvelle,
présentent un intérêt
évident.
Le pigeon au colombier doit être
discrètement et attentivement
observé. On pourra retrouver
ces mouvements du bec, ces coups
de pattes répétés
sur le nez qui signent une trichomonose
compliquée de coryza. Ces
trépignements signes très
fréquents de désordres
intestinaux. Enfin, l'observation
des fientes : la trichomonose provoque
des fientes vertes et plates, sans
être franchement diarrhétiques.
Au passage signalons qu'après
une diète quelconque, il
est normal que les fientes soient
vertes et même noires, „contenant
beaucoup de bile qui est verte pour
peu d'autre chose puisque l'intestin
du pigeon est à peu près
vide. Lorsqu'il y a des vers cappillaires,
les fientes sont également
vertes mais sont beaucoup plus molles.
Le pigeon est anormalement léger
et l'intérieur du bec est
pâle. L'appétit après
avoir été très
grand, baisse peu à peu et
la tristesse s'installe. La coccidiose
provoque des fientes irrégulières,
souvent diarrhéiques, en
flaque avec quelques boudins au
milieu. Les pigeons reprennent lentement
leur état après chaque
concours et on a bien du mal à
les mettre en condition.
Les volées sont très
instructives. On doit considérer
leur durée, la hauteur à
laquelle les pigeons montent, l'enthousiame
qu'ils mettent à voier et
leur attitude lorsqu'ils retombent
au toit.
J.P.STOSSKOPF,
Dr Vétérinaire.