Le foie, organe
massif, rouge foncé, a deux
lobes inégaux. Tout le monde
le connaît. S'il n'a pas de
vésicule biliaire (qui n'est
qu'un réservoir de la bile),
il a comme tous les foies un réseau
de canaux biliaires qui se termine
à l'intestin.
Le foie a de nombreuses fonctions
Tout d'abord, il produit la bile,
liquide vert foncé, sirupeux,
amer, qui a le pouvoir de solubiliser
les graisses de la ration et désinfecte
l'intestin. Elle colore les fientes
en vert foncé.
Ensuite il a de multiples fonctions
sanguines. C'est un organe très
irrigué. Pour un poids «
à vide » de 15 à
20 g, il contient en activité
10 à 15 g de sang circulant.
II régule la teneur du sang
en glucose (environ 3 g par litre).
S'il y en a trop (arrivée
massive des sucres de la ration
alimentaire), il stocke ce glucose
sous forme de glycogène.
S'il y a manque (effort, jeûne),
il libère ce glycogène
qu'il retransforme en glucose.
II détoxique le sang. Cela
va de la transformation des sels
ammoniacaux produits de la digestion
des protéines en urée
non toxique, à celle des
poisons d'origine extérieure
(empoisonnement au champ toxiques
divers).
II élimine du sang les «
vieux » globules rouges et
participe à la formation
des nouveaux (avec la rate).
II régule l'utilisation du
fer de la ration, nécessaire
en particulier pour la formation
de l'hémoglobine des globules
rouges.
II régule la teneur du sang
en matières grasses.
Enfin, avec la vitamine k, il régule
la coagulabilité du sang
en synthétisant la thrombine.
Lorsqu'on lit tout cela, on a vite
compris l'importance de cet organe
et surtout son extrême fragilité.
Par sa fonction détoxiquante,
il est exposé " en première
ligne " , non seulement à
chaque fois qu'il y a empoisonnement
accidentel, mais aussi quand il
y a empoisonnement interne, physiologique
= excès de gaz carbonique
ou autres gaz nocifs, production
de toxiques au niveau de l'intestin
à la suite de l'action de
microbes anormaux soit sur la ration
en cours de digestion, soit sur
l'intestin. Dans l'effort musculaire,
il participe également à
la transformation et à l'élimination
de l'acide lactique.
La première chose donc à
faire chez le pigeon de sport en
bon état de santé,
c'est d'éviter le surmenage
hépatique d'une part, et
d'assurer quelques jours par semaine
sa 'récupération après
l'effort. Cela suppose une ration
légère pendant deux
jours (mélange dit "dépuratif")
et l'usage de tisanes polyvalentes
qui facilitent l'élimination
(avec les reins) et augmentent la
production de la bile.
Ensuite, nous entrons dans le domaine
des anomalies.
Lorsque naît le pigeonneau,
son foie est directement en relation
avec le nombril, jusqu'à
ce que la veine ombilicale qui le
reliait à l'oeuf soit cicatrisée
avant de disparaître. Par
cette veine peuvent pénétrer
divers microbes et parasites (en
particulier colibacilles). Lorsque
les parents sont porteurs de trichomonas,
dès le premier gavage, le
jeune est contaminé et, à
cet âge, les parasites franchissent
aisément le ventricule succenturié,
gagnent l'intestin et le foie où,
en association avec les colibacilles,
ils provoquent des abcès
caractéristiques : ronds
piquetés de blanc autour
puis blanc crémeux, massifs,
durs. L'élimination de ces
cas d'abcès (mortels) passe
par le traitement antichromonose
des éleveurs, avec rappels
de 3 jours toutes les 3/4 semaines
pendant quelque temps. Les antichromonas
modernes ont rendu ces accidents
beaucoup plus rares.
L'inflammation du foie, c'est l'hépatite.
Elle est généralement
microbienne ou virale. Les germes
sont apportés par le sang
et se développent dans l'organe
dont la structure est très
favorable, de par sa composition
même. Les dégâts
provoqués y sont toujours
très importants, aussi bien
au niveau de l'organe lui même
que par les perturbations secondaires
dans tout l'organisme : la diminution
de la production de bile facilite
les fermentations intestinales d'où
diarrhée "en bouse "
homogène, de couleur plus
claire et d'odeur nauséabonde.
La perturbation de la fonction glycogénique
provoque la mollesse, la tristesse.
Celle de la fonction antitoxique,
la persistance des composés
ammoniaqués avec chairs bleues,
glaires de la gorge, mauvaise odeur
du bec. L'infection peut gagner
toute la cavité abdominale
et y provoquer une péritonite.
Le foie devient non seulement très
gros mais encore dégénère.
Dans la paratyphose, il prend une
couleur bronzée, dans la
leucose (cancer du sang probablement
d'origine virale) il devient énorme,
couleur mastic, ponctué de
très nombreuses petites hémorragies,
puis se déforme, se bosselle.
L'oiseau, en phase terminale, maigrit
parce qu'il ne mange plus, n'assimile
plus.
Dans certains cas, en particulier
d'intoxication chronique (donc à
toutes petites doses répétées),
le foie s'atrophie, durcit et devient
très pâle. C'est la
cirrhose atrophique. II y a toujours
à l'origine, dans ce cas,
soit une origine alimentaire (erreur
graine toxique), soit un problème
d'environnement. C'est dans ce dernier
cas, toujours très difficile
à préciser. Le sens
de l'observation de l'amateur joue
alors un rôle primordial dans
la solution du problème.
Jean Pierre STOSSKOPF