Voici venir l'hiver qui, dès
la fin décembre, attaque
en force.
Quelles sont les limites de la résistance
du pigeon au froid ? Quelles sont
les conséquences d'un froid
intense et prolongé, dans
l'immédiat et par la suite
Tous les amateurs ont connu les
inconvénients d'un hiver
particulièrement rigoureux
avec des -20° et même
-25° à l'extérieur.
Fontaines gelées une heure
après leur remplissage à
l'eau tiède, fientes gelées,
appétit féroce des
pigeons au repos. Tous ces inconvénients
font partie du tableau classique
des grands froids. Mais si le gel
des fontaines est facilement évité,
avec une petite résistance
électrique ou une lampe infrarouge,
si les fientes gelées ne
présentent aucun danger immédiat,
l'augmentation de l'appétit
est, elle, directement liée
au pigeon. Malgré son plumage
abondant, le pigeon subit le froid
: il inspire de l'air glacial, qu'il
lui faut réchauffer à
chaque respiration, ses caroncules,
ses pattes, non plumées exportent
beaucoup de calories pour lutter
contre le refroidissement. II lui
faut donc manger plus. C'est dire
que l'adjonction de graines grasses,
même en période de
repos, est une nécessité
: graine de lin, colza sont les
mieux adaptées à cette
période. Notons aussi que
le maïs, relativement gras
(4 %) est une bonne source hivernale
de calories.
Le froid intense provoque au niveau
de la peau, une augmentation de
la circulation, en particulier aux
endroits nus. Si le froid est tellement
intense que la circulation n'arrive
plus à assurer la température
suffisante, le membre, victime de
ce manque de circulation, gèle.
En très peu de temps les
tissus dégénèrent
et ce sera dans les semaines suivantes,
"la gangrène sèche"
c'est à dire que la patte
(ou le doigt seulement) deviendra
sèche, cassante, morte comme
du bois et finira par tomber. Je
dois dire que si j'ai déjà
vu ce cas un certain nombre de fois,
c'était, à mon souvenir,
toujours à cause d'une bague
qui serrait et avait coupé
la circulation et non à la
suite d'un hiver très rigoureux.
Des expériences ont montré
qu'un pigeon "tenait"
3 jours à -35° température
jamais atteinte en Europe occidentale
à l'intérieur d'un
colombier. II est évident
que l'exposition prolongée
d'un oiseau à un vent glacial,
continuellement renouvelé,
aggrave le problème. L'air
ambiant n'est jamais réchauffé
puisqu' immédiatement renouvelé,
l'évaporation hydrique et
calorique étant intense alors
au niveau de la peau nue :les risques
de gelure s'en trouvent augmentés
d'autant.
C'est dire qu'un abri convenable
est alors une nécessité
absolue.
Mais les risques organiques internes
sont infiniment plus subtils. Tout
d'abord, il est évident que,
tenus au même régime
que si la température hivernale
était "normale pour
la saison", ces pigeons qui
brûlent plus de calories pour
lutter contre le refroidissement,
vont se trouver en état de
sous alimentation, avec toutes ses
conséquences. En matière
de régime hivernal mais cela
est vrai en toute saison il faut
bien se dire que les erreurs se
paient "à 90 jours".
Un exemple vécu : il y a
quelque trente ans, le régime
"orge 100 %" en décembre
et janvier a été proné
par quelques chroniqueurs. Afin
de me rendre compte, j'ai mis ma
colonie toute entière (2e
erreur) à ce régime.
Dès le 1er février,
j'ai repris progressivement un régime
"élevage" avec
25/30 % de légumineuses,
autant de mais et seulement 20 %
d'orge. Et j'ai accouplé
traditionnellement vers le 15 février.
Oui mais... dans les 32 cases d'adultes
de voyage, je n'avais que 4 oeufs
au 1er mars. Et ça n'est
qu'au 15 mars que j'ai eu des oeufs
à peu près partout,
de façon échelonnée,
anarchique, qui m'a obligé
à mettre au veuvage, sans
élever, mes veufs pour les
concours de vitesse et petit demi
fond. Et à jongler avec les
dates pour les autres. Une preuve
vécue du délai nécessaire
à rattraper les déficits
alimentaires qu'on laisse s'établir
(c'est tout aussi vrai pour les
vitamines, les minéraux,
etc ...).
Le régime ainsi carencé
à cause de l'hiver aura donc
des répercussions sur la
fécondité. Et cela
d'autant plus que sur le plan physiologique,
nous accouplons déjà
nos pigeons un peu trop tôt.
Si cela est vrai de toute façon
pour les reproducteurs en élevage
précoce leur préparation
par temps glacial n'en est que plus
subtile c'est vrai encore pour les
pigeons que nous accouplerons début
février. Chacun sait que
la lumière solaire est par
l'intermédiaire du nerf optique
puis via le cerveau vers la glande
hypophyse (hormones gonadotropes
antéhypophysaires) nécessaire
à la mise en route des glandes
génitales. Chez les oiseaux
sauvages, cela n'est obtenu qu'en
mars, date de ponte chez des espèces
familières comme le merle
ou le moineau. De décembre
à mars, le volume des testicules
du moineau décuple de volume.
Certes ces oiseaux sauvages souffrent
aussi sévèrement de
la faim au cours de l'hiver. Raison
de plus pour éviter cela
à nos pigeons par un régime
trop serré par temps très
froid. Mais tout le monde doit admettre
que lors de l'élevage précoce,
malgré toutes les précautions
prises, hormis un éclairage
artificiel adapté (n'importe
quelle lampe n'est pas efficace)
la proportion d'oeufs clairs est
toujours plus importante qu'en pleine
saison.
En ce qui concerne les pigeonneaux
au plateau dès Noël,
les grands froids posent des problèmes.
Déjà par temps terrible,
on a vu des oeufs éclater
de gel le temps du repas. Les pigeonneaux
nouveaux nés n'ont pas de
température régulière
Comme les animaux inférieurs
(poissons batraciens insectes etc
...) ils ont la température
qu'ils peuvent. Sous leurs parents,
ils ont une température qui
monte à 37 38°. Laissés
seuls quelque temps, cette température
descend, descend très vite.
Mais par temps glacial, si cela
dure trop longtemps, ils gèlent,
au sens exact du terme (vers 5°
de température corporelle)
et ils sont morts. Sinon, dès
que le couveur revient, leur température
remonte tout de suite, sans dommage.
Mais leur vie physiologique est
proportionnelle à la température
: par exemple, ils digèrent
très bien à 36°
mais ne digèrent plus tout
le temps qu'ils n'ont plus que 10°.
C'est vers l'âge de 8 jours
que le pigeonneau perd cette aptitude,
fait lui même sa température
(environ 41°C) et peut la réguler
c'est à dire lutter contre
le froid ou le chaud. C'est pour
cela que la période allant
du 8e au 15e jour (où le
plumage couvre tout le corps) est
toujours la plus délicate.
En plus d'une alimentation très
calorique, il est donc fort utile
lors de l'élevage précoce
par temps particulièrement
rigoureux d'inventer un dispositif
permettant d'éviter le refroidissement
très rapide des pigeonneaux
âgés de moins de quinze
jours. La première chose
à faire est de mettre continuellement
à disposition des éleveurs
graines et eau en permanence. On
évite ainsi le repas commun
de toute la colonie en même
temps. Les éleveurs peuvent
donc, l'un ou l'autre, rester sur
le nid. L'autre chose utile est
l'éclairage précoce
du matin, de manière à
permettre deux gavages par jour
(par ex. 6 h et 16 h) et non plus
un seul vers 9 h dont la digestion
ne sera pas terminée à
la tombée de la nuit.
Ainsi on évite la plupart
du temps l'installation d'un chauffage
d'appoint au colombier d'élevage,
dont l'efficacité réelle
reste à démontrer
dans nombre de colombiers.
J. P. STOSSKOPF