L'usage des antibiotiques,
surtout ceux absorbables par la
bouche, s'est multiplié,
banalisé, depuis une trentaine
d'années. Bien sûr,
la médecine humaine a précédé
la vétérinaire et
la médecine des pigeons a
adapté tout cela, comme il
convenait. Les succès de
cette médecine des pigeons
(mais il en est de même dans
toutes les médecines) ont
eu pour conséquence une banalisation
de ces antibiotiques, beaucoup d'erreurs,
beaucoup de racontars et donc beaucoup
d'échecs. Essayons d'y voir
plus clair.
Les antibiotiques, dans leur très
grande majorité, sont produits
par des champignons inférieurs,
moisissures etc .... présents
dans le sol, poussant sur certaines
denrées, etc, etc... Des
spécialistes ont couru le
monde, des pôles à
l'équateur, à la recherche
de champignons susceptibles de secréter
un nouvel antibiotique. On en a
trouvé actuellement 3.500.
Ajoutons que l'antibiotique naturel,
secrété directement
par le champignon, est ensuite l'objet
de modifications artificielles innombrables
qui en augmentent l'efficacité
ou privilégient certaines
propriétés.
Un antibiotique peut avoir deux
propriétés distinctes
: l'une est le blocage de la multiplication
du microbe (il détruit certains
produits indispensables à
la reproduction du microbe), les
globules blancs du sang étant
chargés de •< faire
le ménage •> et
de débarrasser le corps des
microbes mis ainsi dans l'incapacité
de se multiplier. Tous les antibiotiques
ont cette propriété...
sur les microbes qui leur sont sensibles.
L'autre propriété
est une propriété
de « désinfection »
: l'antibiotique lui même,
après un temps de présence
dans l'organisme plus ou moins long
(d'où la nécessité
de prolonger suffisamment le traitement)
tue lui même les microbes.
Ce ne sont plus que leurs cadavres
que les globules blancs ont à
débarrasser. Tous les antibiotiques
n'ont pas cette propriété
: ceux qui l'ont sont dits «
bactéricides ».
L'efficacité des antibiotiques
est spécifique : c'est à
dire que tel antibiotique est actif
pour tel microbe. Cette action doit
être affinée. Prenons
un exemple : une colonie est frappée
de paratyphose. Un laboratoire en
isole une « salmonella typhimurium
» qui se révèle
sensible à la terramycine.
Cet antibiotique sera sûrement
efficace dans cette colonie. Mais
si une colonie située à
300 m connaît la même
maladie, rien ne dit que le germe
(salmonelle T.M.) responsable sera,
lui aussi, sensible à la
terramycine. Si un traitement stoppe
l'évolution, c'est que le
germe est sensible à cet
antibiotique, mais s'il ne la stoppe
pas, ce n'est pas parce que «
cela ne vaut rien » mais tout
simplement parce que le microbe
en cause n'est pas sensible à
cet antibiotique. C'est un peu comme
si on n'emploie pas la bonne clé
dans une serrure.
Certains germes dont les variétés
sont très nombreuses (et
longues et difficiles à préciser)
ont une sensibilité très
variable aux divers antibiotiques
courants. II en est ainsi par exemple
des staphylocoques (germes associés
très très fréquents
dans le coryza). L'échec
d'un traitement est donc le fait
d'une mauvaise adaptation du remède
au germe en cause. Alors ou bien
il faut faire à chaque fois
un antibiogramme, c'est à
dire essayer un certain nombre d'antibiotiques
sur les cultures de ce microbe pourvoir
lesquels sont actifs, ou bien faire
un traitement « aveugle »
à modifier et reprendre en
cas d'échec. En dehors de
cette alternative, il n'y a rien.
L'emploi rationnel des antibiotiques
est soumis à un certain nombre
de règles. Tout d'abord,
il faut savoir qu'un certain nombre
d'entre eux, absorbés par
le bec, ne traversent pas l'intestin.
Ce sont donc sous réserve
que l'antibiotique employé
est actif contre le germe en cause
d'excellents remèdes intestinaux
mais c'est tout. Sont dans ce cas,
la streptomycine, la gentamycine,
la néomycine, la colimycine
pour ne citer que les plus connus.
Utilisés en injections intramusculaires,
ils sont par contre actifs dans
tout l'organisme.
Certains antibiotiques sont toxiques
à des doses proches de la
dose thérapeutique (celle
qu'il faut employer). Un surdosage
ou l'emploi trop prolongé
de la streptomycine, de la gentamycine,
de la néomycine peuvent créer
des troubles auditifs, des atteintes
du rein. Donc pas d'emploi sans
prescription précise de l'homme
de l'art, aveuglément respectée.
Ensuite, il y a « la dose
thérapeutique ». C'est
la dose nécessaire et suffisante
pour obtenir le blocage et l'élimination
du microbe de la maladie en cause.
S'ajoutent à cette notion
de dose thérapeutique, le
rythme des administrations, et celle
de durée du traitement.
Bien sûr, l'antibiotique est,
après un certain temps (de
quelques minutes à plusieurs
heures) soit éliminé
(par les reins les urines ou l'intestin
la fiente) soit décomposé
et inactivé (le plus souvent
au niveau du foie ou des reins).
Force est donc de renouveler la
dose, de manière à
maintenir la dose thérapeutique
(donc suffisante) aussi régulièrement
que possible dans l'organisme du
pigeon ; par l'eau de boisson, en
multipliant les repas (au moins
2, 3 par jour) de manière
à multiplier d'autant les
besoins d'eau de boisson, par comprimés
en administrant au moins 2 fois
par jour, en injections de même,
à moins d'employer si elle
existe une forme retard bien supportée.
Un certain nombre de balivernes
fleurissant parmi les amateurs,
beaucoup raccourcissent le traitement.
Comme je l'ai écrit plus
haut, cela risque de permettre un
nouveau départ du mal soit
parce que l'action antibiotique
a été trop courte
pour permettre aux globules blancs
de terminer leur travail, soit parce
que l'action bactéricide
de l'antibiotique s'il en a une
n'a pas eu le temps de s'établir.
D'autres allègent les doses
prescrites, sous le prétexte
idiot que « ça fatigue
les pigeons ». Des pigeons
à qui il faut donner des
antibiotiques ne sont habituellement
pas en grande forme, sinon ils n'en
auraient nul besoin. Alors le bon
sens veut que ce soit la maladie
qui les fatigue plutôt que
son remède, quel qu'il soit.
La dose thérapeutique a été
établie après de multiples
essais, d'abord au niveau de l'antibiogramme,
ensuite sur le plan pratique. C'est
celle qui donne les meilleurs résultats.
L'alléger c'est permettre
au microbe de s'habituer au remède
: en quantité insuffisante,
l'antibiotique n'empêche pas
le microbe de se reproduire. Ainsi
naissent des souches résistantes,
contre lesquelles l'antibiotique,
quelle que soit la dose employée,
ne sera plus efficace pendant très
longtemps. On ne manie pas les antibiotiques
n'importe comment.
Si l'organisme malade est victime
de microbes dangereux qu'on combat
par un ou plusieurs antibiotiques
actifs, cet organisme contient aussi
de « bons microbes »,
hôtes normaux de l'intestin,
de l'arrière bouche, des
fosses nasales, qui peuvent être
sensibles aux remèdes employés.
Aussi est il souhaitable de rétablir
l'équilibre microbien dans
ces organes. En l'absence d'une
culture de cette flore normal, on
administre utilement aux pigeons,
après une cure antibiotique,
des ferments lactiques vivants.
Jean Pierre STOSSKOPF