Au fur et à mesure que se
précisent les caractéristiques
du colombier, c'est à dire
dans lequel on fait des prix, l'importance
d'une aération bien dosée
se précise elle aussi. Un
bon colombier c'est avant tout un
compromis : clair sans trop de vitres
à travers lesquelles le chaud
ou le froid pénètrent
facilement, sec sans que l'on s'y
sente se dessécher, chaud
sans que l'on y étouffe,
même par temps caniculaire,
aéré sans que cela
influe trop sur la température
qui y régne. Tout cela fait
un ensemble de caractéristiques
particulièrement étroites
pour ne pas dire contradictoires.
Si bien que lorsqu'un jeune amateur
fait un colombier, le hasard, heureux
ou malheureux, joue un grand rôle
dans la qualité du local.
Et c'est pourquoi j'ai toujours
regretté et je regrette encore,
qu'une initiative fédérale,
française, étrangère
ou mieux internationale, n'ait pas
permis de mesurer grâce à
des thermomètres, baromètres,
hygromètres, anénomètres,
enregistreurs, les caractéristiques
de colombiers vedettes, où
les prix se font en masse, à
travers l'Europe. On dépense
beaucoup plus d'argent pour des
causes beaucoup moins digne d'intérêt.
La température et l'hygrométrie
(c'est à dire le degré
d'humidité) du colombier
règlent le métabolisme
du pigeon. Plus les besoins caloriques
pour assurer la vie normale du pigeon
seront faibles, plus le pigeon en
disposera pour le travail musculaire.
Mais si les calories usées
à se réchauffer (à
40° C) sont théoriquement
les calories perdues, on ne conçoit
pas la vie « dans du coton
» qui n'obligerait le pigeon
à aucune réaction
de défense organique contre
les stress de la vie quotidienne,
même si l'amateur la lui assure
confortable tout au long de la semaine.
Ce qui compte, ce sont les conditions
permanentes du séjour au
colombier et non pas tel ou tel
incident passager.
Parmi ceux ci, l'aération
est le principal, les besoins en
air « propre » des oiseaux
sont très importants. Ceux
qui ont pu visiter les immenses
poulaillers modernes, où
vivent ensemble 10 ou 20 000 poules
pondeuses, ont pu voir combien l'aération
active y était continuelle,
assurée par d'énormes
ventilateurs qui le pompent au ras
du sol, l'air vicié étant
évacué par les fenêtres
et les lanterneaux du toit. Les
oiseaux y vivent dans un petit mouvement
d'air permanent qui fait bouger
sur eux mêmes, continuellement,
les copeaux de la litière.
L'amateur vit on le lui rabache
depuis ses débuts dans la
hantise du courant d'air. II oublie
que le pigeon qui vole, tout comme
le cycliste, le motocycliste et
même le coureur à pied,
l'animal qui court, bref tout ce
qui bouge à bonne vitesse,
déplace de l'air donc vit
dans un courant d'air. Et puis croit
il le pigeon si bête de vivre
dans un endroit du colombier où
il se déplait sans en chercher
un qui lui soit plus agréable
? si vous trouvez tous vos pigeons
tassés dans un recoin, alors
changez vos méthodes et votre
aération en particulier.
L'oxygène de l'air est un
des facteurs de la vie il se fixe
sur l'hémoglobine des globules
rouges du sang et participe directement
aux réactions de la contraction
musculaire tout comme à ceux
de la croissance et de la reconstitution
musculaire. Donc directement ou
indirectement, les chairs bleues
c'est lui. Mais aussi les gaz délétères
qui polluent fréquemment
notre air, je connais un amateur
petit cultivateur qui s'est mis
à faire des prix quand il
a vendu ses chevaux ; il avait fait
son colombier au dessus de l'écurie.
J'en ai connu un autre qui n'en
a plus fait du jour où s'est
ouverte une teinturerie dans la
maison voisine. Je rencontre chaque
année plusieurs amateurs
qui ont déclenché
un formidable coryza le jour où,
sacrifiant au mythe de la désinfection
chimique source de santé,
ils ont pulvérisé
ou appliqué dans le colombier
un désinfectant à
base de carbonyl, de crésyl,
de phénol ou de formol, tous
produits chimiques fortement irritants
et agressivement odorants.
J'ai trop, dans ma carrière,
parlé des relations du corysa
et du manque de renouvellement d'air
(donc de l'air vicié) pour
ne pas préciser un point
important de ce problème
qui est le plus grand à mon
sens de toute la colombophilie moderne.
Ce n'est évidemment pas l'air
vicié qui provoque le coryza
directement. Mais les pigeons porteurs
d'un « microbisme d'élevage
» (évoqué il
y a quelque temps) en particulier
dans les sinus (du nez) bien anatomiquement
très favorable, qui respirent
à longueur de journée
un air vicié et a fortiori
irritant pour les premières
voies respiratoires, voient leurs
moyens de défense diminués
donc le, microbisme favorisé.
Ce n'est pas, je pense, le rôle
et encore moins l'intérêt
de l'amateur.
L'aération se fait par des
orifices situés à
certains endroits du colombier :
en façade, sous la trappe
au ras du plancher, et au ras du
toit, sur le toit par de petites
cheminées, les ondes des
tôles d'éternit ou
tout simplement les interstices
entre les tuiles. Elle s'aprécie
en se matérialisant par la
fumée d'une cigarette (elle
doit monter doucement mais sûrement
par les orifices du toit). Et aussi
parce qu'un colombier bien aéré
« ne sent pas le pigeon ».
Ajoutons que j'ai vu aussi des colombiers
faits dans d'anciennes chambres
entièrement plâtrées,
très bien aérés
grâce à un ou deux
extracteurs électriques comme
on en met en ville dans les cuisines.
Dans certains cas, c'est l'unique
solution à une aération
défectueuse.
Docteur Jean Pierre STOSSKOPF