Voici venir les
compétitions sérieuses.
Les veufs sont au point ou tout
au moins devraient l'être.
Parmi les signes de la forme nécessaire
aux exploits, la volée tient
une place privilégiée
et chaque amateur parle, surtout
l'hiver, du temps qu'elle dure,
y voyant un des signes les plus
solides de la gloire future.
L'expérience montre que c'est
plus la variation de la durée
des volées biquotidiennes
qui marque la forme ascendante ou
descendante que cette durée
elle même.
Les veufs qui tiennent la volée
une heure ne battent pas automatiquement
ceux qui ne volent que 45 minutes.
Si une équipe de veufs en
« état de grâce
» vole volontiers et à
bonne hauteur, certains pigeons
isolés certes, peuvent avoir
une attitude très différente
: le plus grand crack que j'ai possédé
ne volait que 10 minutes quand il
était en grande forme, se
posait sur le faîte du pignon
voisin et y appelait sa femelle...
en attendant que je rouvre la fenêtre.
Malheureusement ces belles dispositions
risquent de ne pas durer, ou même
de ne pas apparaître.
Les causes de cette manifestation
de la méforme peuvent être
multiples. D'abord, il y a tout
simplement l'obésité.
Un athlète c'est sec, dur,
léger (qui n'a entendu un
champion cycliste par exemple dire
« je suis encore 2 kg au-dessus
de mon poids de forme ). Le mythe
du pigeon rond quand il est en forme
a fait des ravages en particulier
chez les débutants. La première
chose à faire quand les pigeons
sont gras et lourds, c'est de réduire
la ration (en particulier la proportion
de céréales et de
petites graines) et de multiplier
les entraînements.
Les partisans des volées
forcées pensent ainsi pallier
à cette obésité.
Certes c'est une des meilleures
indications de cette technique,
à condition de savoir s'en
servir, en particulier dans sa progression
au risque de voir quelques pigeons
se poser sur les toits environnants.
La seconde cause possible est le
contexte du colombier. Par ces termes,
j'entends l'environnement du pigeon
et ses conséquences. Nous
avons vu récemment «
les mauvais colombiers ».
Nous avons parlé souvent
de « l'acidose » plus
connue sous le terme de «
chairs bleues ». Ces chairs
bleues sont accompagnées
d'un autre symptôme: des «
pellicules sur la poitrine »
parce que la circulation sanguine,
et un sang acide (au lieu de légèrement
basique) qui n'assure pas le renouvellement
des cellules de l'épiderme.
A l'origine de ces anomalies dans
le fonctionnement de l'organisme,
il y a la qualité douteuse
de l'air respiré (et l'acidose
augmente le rythme respiratoire),
l'état du foie et des reins.
C'est à dire la sécheresse
et l'aération du colombier,
les microbismes ou parasitismes
influant sur le foie et les reins,
le surmenage alimentaire fatiguant
foie et reins comme l'effort physique
de la compétition. Nous connaissons
la nécessité d'un
bon colombier. N'ignorons pas la
nécessité d'une élimination
rénale soigneusement entretenue
et aidée chaque dimanche
par les thés et autres dépuratifs
qui ont fait leurs preuves.
Quand les volées sont bonnes,
durables, hautes en début
de saison, avec des résultats
sportifs satisfaisants, fréquemment,
cela ne dure pas : vers la fin mai,
début juin, la situation
se dégrade. L'amateur averti
remarque que les volées baissent,
durent de moins en moins longtemps.
Généralement dans
le même temps, fientes moins
belles, plus grosses avec moins
de duvet.
La belle machine se dérègle
: l'acidose s'installe, liée
le plus souvent à une trichomonose
et aux microbismes qui l'accompagnent.
Les signes apparaissent et s'amplifient
progressivement, d'autant plus vite
qu'il fait plus chaud : fientes
anormales, mouvements du bec, baillements,
gros cou après boire. Après
la volée, courte, quelques
pigeons tombent du toit, le bec
entr'ouvert, haletants.
Première chose à faire
dans ce cas alléger la ration.
Les besoins ne sont plus les mêmes
quand 2 heures de volées
quotidiennes se réduisent
à une demi heure. Inutile
que l'obésisté vienne
compliquer le tableau.
Le remède à cela,
nous le connaissons : en plus des
préventifs de l'acidose évoquée
plus haut, il y a les traitements
d'entretien. Quand on n'en a pas
besoin, tant mieux. Mais quand ça
ne va plus, il faut bien essayer
de remettre les choses en ordre.
Alors ne jouez pas les vertueux
: « mes pigeons doivent se
remettre tout seuls » «
je ne pardonne pas » etc etc.
D'accord, quand il s'agit d'un ou
deux pigeons défaillants
dans une équipe qui continue
à faire florès. Mais
quand c'est toute l'équipe
! Allez vous tout tuer ? C'est la
limite du triage. La promiscuité
du panier, le surmenage des bons
pigeons créent des conditions
favorables à ces chutes de
forme. Si l'hiver les pigeons volent
si bien, c'est qu'ils ne font rien
et qu'ils ne risquent pratiquement
aucune contamination.
Le seul travail naturel du pigeon,
c'est l'élevage. Tout ce
que nous lui imposons en plus, c'est
artificiel. Alors qu'on évite
de parler de défenses naturelles
qui doivent permettre de résister
à tout ou de s'en remettre.
On ne peut avoir le beurre et l'argent
du beurre.
La plupart des traitements que l'énorme
majorité des amateurs effectuent
au printemps n'ont qu'un effet passager.
Ou bien ils ont « nettoyé
à fond » mais une recontamination
est toujours possible, en particulier
au panier, ou bien ils n'ont fait
que bloquer, que blanchir (c'est
le cas pour la trichomonose) et
le parasitisme réapparaîtra
après quelques semaines,
d'autant plus facilement que les
circonstances le permettront : chaleur,
fatigue etc.
Alors ne nous leurrons pas, voyons
les choses en face et faisons le
nécessaire : c'est notre
saison qui est en jeu.
Docteur J. P. STOSSKOPF
Vétérinaire.