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     »  Les mauvaises plumes
Voici que la mue s'avance. La chute des plumes a été massive dès la fin de l'élevage des tardifs et lorsque l'amateur a suivi les conseils de rigueur en matière d'alimentation assez de légumineuses, beaucoup de graines grasses (lin, colza, cardy, tournesol riches en acide linoléique « vitamine F » supplément vitaminique (complexe polyvitaminé) soufre organique (méthionime, cystine dont les levures sont très riches), ses pigeons feront une mue exemplaire.

Oui mais, il y a les accidents et puis la santé ! On a coutume de dire « sans belle mue » pas de prix la saison suivante. Nous allons voir ce qu'il faut en penser, cet adage étant le fruit caractéristique d'une confusion entre« la cause et l'effet » qui a fait jadis l'objet d'une de mes chroniques.


Chacun sait que le plumage est le reflet de la santé. Si la forme des plumes (par exemple larges ou étroites, rondes ou pointues en ce qui concerne les rémiges) est affaire d'hérédité, leur qualité est directement sous la dépendance de la santé : on y lit facilement le passé sportif et sanitaire de l'oiseau avec un grand V sur les 2 primaires en croissance (une dans chaque aile) lors d'un concours dur, la primaire plus courte quand il y a eu une crise passagère de santé. En dehors de ces marques sur les rémiges en croissance au moment difficile, il y a la qualité générale du plumage. A côté d'une alimentation défectueuse évoquée plus haut, il y a le plus souvent déficience sanitaire chronique. Ce parasitisme, ce microbisme, bref cette déficience chronique influe sur la qualité du plumage de 2 façons d'abord il y a l'influence directe de l'acidose sanguine, complication habituelle des parasitismes (chairs bleues) qui a empêché le plumage de pousser parfaitement ; les plumes de couverture sont faibles, peu épaisses, ternes, peu colorées, mais il y a aussi l'influence de cette même acidose sur la production grasse de la glande uropygienne (sur « l'as de pique » à la base de la queue). Cette glande secrète beaucoup moins de cette substance grasse que l'oiseau y prend avec son bec et répartit sur son plumage, le rendant luisant, onctueux, imperméable.
II y a aussi les localisations microbiennes au follicule plumifère (la cavité au fond de laquelle une glande « fabrique » la plume depuis le sang qui l'irrigue : il y en a une pour chaque plume, si petite soit elle) qui y provoque inflammation et désordre dans la croissance de la plume : c'est la « penne de sang » ou tout au moins une plume rachitique, plus courte, très vilaine.

Bien sûr cela peut être l'effet d'un accident, un choc par exemple. Cela arrive mais c'est alors un fait exceptionnel dans la colonie. Si les cas se multiplient sur le même pigeon ou sur plusieurs pigeons d'une même colonie, que l'amateur ne se fasse pas d'illusions : ses pigeons traînent un microbisme chronique qui lui coûtera cher sur le plan sportif dans peu de temps.

Une fois la santé rétablie, il est bien évident que les plumes mauvaises vont le rester jusqu'à la mue suivante. Le plumage reprendra quelque lustre grâce à une meilleure production de la glande uropygienne mais c'est tout. Cela n'allongera pas les plumes trop courtes, ne redonnera pas de barbes et de barbules là où elles manquent.

Alors ces pigeons sont sans valeur ? Bien sûr que non et gardez vous bien de les tuer s'il s'agit de bons sujets de valeur bien connue.

Il est archi prouvé, et je vais vous en donner des exemples, que ce qui empêche un pigeon de faire des prix c'est sa mauvaise santé, sa méforme au moment du concours et non qu'il ait été en mauvaise santé à l'automne précédent. Si, entre temps, il a recouvré la santé, son rendement sera peu ou pas affecté par une mauvaise plume ou un plumage de petite qualité. Le tout est d'avoir accordé une attention vraie, un sens critique basé sur la logique à cette mauvaise mue et d'en avoir recherché et fait rechercher les causes profondes. L'hiver permet de le faire dans les meilleures conditions de temps et de tranquillité.
Des preuves en voilà

II y a une vingtaine d'années, lors de l'enlogement d'un BORDEAUX, un amateur s'exclame en passant son premier marqué « Oh M... il a laissé tomber encore une plume, celle d'avant commence juste à fleurir. Tu vois ce trou que ça lui fait dans l'aile » dit il à son président, très fin amateur « c'est ton bon bleu ? » oui « alors tu mettras la poule à 200 dessus pour moi ».
L'amateur fait des yeux ronds. « Tu sauras qu'un pigeon qui lâche 2 rémiges successives presque en même temps est en grande santé, et, si c'est un bon, c'est un prix de tête garanti ». Et le bon bleu a fait le 2e à BORDEAUX dans 2000 pigeons !

Autre histoire: il y a quelques années, à l'automne, un de mes bons amis me téléphone: «C'est le 2e male du colombier des veufs que je trouve mort. A peine quelques heures de tristesse et c'est fini ! Envoie le cadavre et les fientes. Les recherches bactériologiques montrent que le pigeon est mort d'une septicémie à staphylocoques. Entre temps, il y a eu encore 2 morts et toute la colonie commence à « marquer le coup » : fientes douteuses tristesse chairs bleues etc. je prescris un traitement antibiotique prolongé assorti de 3 vaccinations avec un autovaccin renforcé d'une anatoxine staphylococcique. La situation s'améliore très vite, la gaité réapparaît, fientes belles etc. Oui mais... la plupart des pigeons ont les 3 dernières rémiges, de 2 à 3 cms plus courtes que la normale ! « On verra bien» me dit mon ami mi inquiet, mi philosophe, ma colonie est sauvée c'est le principal. Eh bien, malgré cet handicap formidable, la saison suivante fut extraordinaire en vitesse. Certes les quelques essais en 1/2 fond se soldèrent pas des échecs, mais tous les championnats de vitesse furent pour lui dans son groupement.

Enfin, anecdote historique : mon vieil ami Gustave GUELTON de Taintignies possédait dans l'immédiat après guerre, une extraordinaire femelle écaillée de fond et grand fond qui vola en tête des Nationaux belges jusqu'à l'âge de 10 ans. Or, à sa première mue, elle fit une« penne de sang » à sa 10e rémige. Ni une ni deux et vlan... arrachée. Elle ne repoussa jamais.

Cette femelle fit donc son extraordinaire carrière avec 10 rémiges d'un côté et 9 de l'autre. Certains diront sans doute « ah ! si elle en avait eu 10 de chaque côté ? » j'ajoute, pour la petite histoire, que cette femelle était la mère de l'illustre « PERPIGNAN » cadeau de M. GUELTON à Raoul VAN SPITAEL et se trouve ainsi l'ancêtre d'une bonne partie de la fine fleur de la colombophilie actuelle.


Docteur STOSSKOPF



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