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     »  Les diarrhées au plateau

Lors de l'élevage, il est fréquent que des pipants d'une dizaine de jours se mettent à émettre des fientes extrêmement liquides qu'ils expédient à 20 cm tout autour du plateau. Et l'amateur de se lamenter, au besoin de tuer tous ces pigeonneaux diarrhéiques, uniquement sur ce symptôme.
Tous les copains s'en mêlent, chacun ayant son interprétation plus ou moins alarmiste.
Essayons d'y voir clair.
Premier examen indispensable ces pipants maigrissent ils avec cette diarrhée ? II est évident que si leurs parents les gavent avec beaucoup d'eau, il faut bien qu'ils la rejettent : inondation autour des plateaux. Si cette eau en excès est chargée de toxiques (engrais par exemple) le foie, les reins, l'intestin vont être atteints par le poison et leur mauvais fonctionnement va bien vite provoquer un amaigrissement par mauvaise assimilation, mauvaise élimination des déchets, manque d'appétit. Les parents eux-mêmes vont "marquer le coup" et présenter de la diarrhée, des chairs bleues, de la tristesse. Et généralement cela prend d'un seul coup plusieurs pigeons, mâles ou femelle de chaque couple selon l'heure où l'empoisonnement a eu lieu : l'autre était sur ses jeunes. Ce n'est pratiquement jamais un accident qui touche toute la colonie en même temps.
Par contre, la coccidiose provoque à partir de l'âge de 7 8 jours un amaigrissement rapide des pigeonneaux, avec diarrhée intense, piaillements, mauvais plumage des pipants et état médiocre de tous les éleveurs d'un même colombier.
Ce parasitisme est chronique chez les adultes, mais devient aigu chez les pigeonneaux comme il est fréquent en matière de maladies contagieuses. Vers l'âge de 15 jours, les pipants ont un bréchet « en lame de couteau », le plumage sec, terne, sale, les pattes décharnées. Non seulement l'élimination de ces pipants doit être immédiate parce que leur intestin, leur foie, leurs reins sont définitivement dégradés par ce parasitime intense, mais encore le traitement des parents s'impose par les sulfamides anticoccidiens en traitement 3 3 2 (on n'a pas trouvé plus efficace) avec plusieurs rappels à 15 jours d'intervalle, assorti de la révision totale de la conception du colombier et sa désinfection minutieuse par la forte chaleur (lampe à souder, pistolet à air chaud) étant entendu qu'aucun produit chimique n'est actif sur les oocystes de coccidies qui restent par millions sur le sol du colombier infecté.
ATTENTION A LA COCCIDIOSE
De nos jours, on peut dire que la coccidiose est un parasitisme des colombiers mal conçus. La maturation sur le sol des oocystes rejetés dans les fientes (même grattées chaque jour, il en reste toujours) est d'autant plus rapide que le colombier est mal aéré car l'humidité y stagne. Dans les « colombiers à coccidiose » (on peut les appeler ainsi), il faut impérativement améliorer l'aération. On connaît le test que je préconise et qui vaut autant pour la coccidiose ou les vers que pour les affections respiratoires qui éliminent tant de colonies chaque été, une fumée (cigarette par exemple) doit être éliminée par le toit en moins de 2 minutes quel que soit le temps (direction du vent température pluie ou non etc.). A défaut de cela, la rechute sera automatique et la médiocrité chronique car les voyageurs souffriront de ce parasitisme (aggravé surtout de la trichomonose) pendant la saison sportive et ne connaîtront jamais la grande forme.
On sait que la naissance des pigeonneaux correspond à une véritable fringale de grit et de minéraux chez leurs parents. Ces grits et minéraux contiennent de 0,5 à 3 % de sel de cuisine. Cette dose est excellente (même à 3 %) en période normale, avec une consommation régulière et peu importante. Si cette consommation est brusquement multipliée, on arrive à une dose excessive de sel cela provoque une soif intense, consommation énorme d'eau dont les pipants sont gavés. L'eau doit bien sûr être rejetée : c'est l'inondation autour du plateau. Mais il ne s'agit en aucun cas, sauf prolongation irrationnelle provoquant une atteinte rénale qui serait grave, d'une intoxication. L'enlèvement du bac de grit ou de poudre minérale responsable provoque la disparition immédiate de cette diarrhée. On reconnaît cet incident tout simplement parce que malgré cette formidable diarrhée, il n'y a pas d'amaigrissement des pigeonneaux qui restent ronds et gais au plateau.
II est courant d'entendre un amateur dire que pour couper cette diarrhée, il a enlevé l'abreuvoir. Une fois de plus, on confond ainsi la cause et l'effet. La diarrhée n'est que l'effet soit d'une inflammation intestinale (parasitaire ou toxique), soit d'un déséquilibre alimentaire et physiologique (excès de sel dans le sang dont il faut rétablir la teneur normale 9 pour 1000 par apport d'eau non salée). L'inflammation est une réaction de défense de l'organisme marquée par un afflux de sang et de globules blancs, de défense donc, au niveau de l'organisme malade. L'eau absorbée en excès est un moyen de diminuer l'effet inflammatoire. Dans l'autre cas, c'est le moyen de rétablir la teneur normale du sang en sel. Supprimer l'eau aux pigeons est donc une aberration complète. Ce qu'il faut, c'est supprimer la cause donc contre la coccidiose employer très vite un anticoccidien efficace, contre un éventuel empoisonnement les moyens d'en limiter les effets nocifs sur le foie, les reins, l'intestin ; contre l'excès de sel... l'enlèvement du composé minéral momentanément consommé en excès.

Jean Pierre STOSSKOPF



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