LE REPOS DES COLOMBIERS
Nous avons étudié
précédemment les problèmes
du « microbisme d'élevage
» où nous avons vu
que ce microbisme était la
conséquence inéluctable
de la présence prolongée
de pigeons dans le même local.
Si ces microbismes prennent peu
à peu une importance considérable
dans notre sport, c'est qu'ils finissent
par proliférer dans tous
les organes. C'est ainsi qu'on en
trouve dans les organes génitaux
(transmission par l'oeuf donc pertes
pendant l'incubation ou les premiers
jours puis stérilité
des adultes), dans les premières
voies respiratoires (coryza), dans
le cerveau (orientation... ainsi
s'expliquent beaucoup de pertes
à l'entraînement et
au toit, en particulier de pigeonneaux).
Si, à partir d'une certaine
gravité, les symptômes
alarment l'amateur et l'amènent
à faire le traitement utile,
le microbisme reste longtemps discret
sur le plan médical mais
n'en a pas moins une incidence sportive.
C'est dire que nous sommes tous
concernés.
Y a t il un remède préventif
à cet état de chose
? Chaque hiver, la plupart des amateurs
désinfectent les colombiers.
L'efficacité de cette méthode
suppose d'abord que les pigeons
sont sains. Sinon, ils continuent
d'éliminer, en particulier
par leurs fientes, d'innombrables
microbes, parasites, etc., et quelques
jours plus tard les installations
se retrouvent aussi polluées
qu'avant la désinfection.
Un traitement adapté s'impose
donc avant toute désinfection.
Ensuite, il faut que la technique
et les produits employés
soient efficaces (aucun produit
chimique n'est efficace contre les
oocystes de coccidies et encore
moins les ceufs de vers) et non
toxiques (les pigeons sont extrêmement
sensibles aux produits fortement
odorants).
Alors, comment faire ? Les éleveurs
modernes dont on connaît les
méthodes d'élevage
intensif ont eu, depuis longtemps,
à résoudre ce problème,
au risque de voir leur travail perdre
toute rentabilité (j'ai vu
un élevage de poulets faire
faillite : il fallait 7 kg d'aliment
pour faire 1 kg de poulet, au lieu
de 2,5 kg normalement). Et ils en
sont arrivés, quelle que
soit l'espèce élevée,
à la méthode qui consiste
à vider entièrement
le local où on vient d'élever
et à le laisser vide pendant
plusieurs mois. II y a donc toujours
1/4 ou 1/5 des bâtiments qui
sont vides, au repos.
Bien sûr, aussitôt
après leur libération,
les locaux sont soigneusement nettoyés,
décapés et désinfectés.
En ce qui nous concerne, cela suppose
le grattoir, la brosse, puis l'eau
avec détergents puis le désinfectant,
puis la lampe à souder. Cela
semble énorme ; en fait,
ça l'est très peu.
La mobilité des cases, trappes,
etc. facilite grandement le travail
et il convient d'en tenir compte
dans la conception du colombier.
Malgré tous ces soins, il
est nécessaire de laisser
reposer le colombier. Comme tous
les êtres vivants, les microbes
et les virus n'échappent
pas au vieillissement. Les virus
y sont très rapidement sensibles,
les microbes moins. Et, contrairement
à ce que beaucoup croient,
le froid retarde les effets de ce
repos parce qu'il conserve la vitalité
des microbes et des virus alors
que le temps chaud hâte leur
vieillissement. On voit donc que
la libération d'un colombier
en fin d'été, dès
que le triage est possible, constitue
la meilleure méthode. Ainsi,
s'il s'agit d'un colombier de pigeonneaux,
peut il rester libre jusqu'au sevrage
de janvier ou à celui de
mars. Toute diminution des effectifs
peut permettre cette mise au repos
d'une partie du colombier et il
apparaît comme une erreur
de laisser un ou deux couples dans
un colombier. Mieux vaut leur chercher
une place ailleurs et laisser tout
un colombier se reposer pendant
quelques mois.
On voit souvent dans notre sport
de jeunes amateurs briller de façon
inattendue dans le jeu à
pigeonneaux, alors que leurs connaissances
techniques sont encore très
fragiles. Bien sûr, ils ont
la chance d'obtenir des pigeonneaux
de bonne souche. Mais aussi, ils
jouent dans un colombier neuf où
il n'y a que des pigeonneaux et
aucun microbisme d'élevage
bien ancré qui contamine
peu à peu ses voiliers et
les diminue sur le plan sportif.
Dr Jean Pierre STOSSKOPF