LE PROBLÈME
DU CHAMP
II y a quelques semaines un amateur
m'écrivait "mes pigeons
se précipitent au champ dès
que je leur donne la liberté,
impossible de les empêcher.
Je leur donne bien sûr du
grit à volonté, de
la pierre à picorer, de la
verdure, de la levure de bière.
Je ne sais pas quoi faire !".
Pourquoi les pigeons vont ils au
champ, sinon pour y chercher ce
qu'ils ne trouvent pas au colombier.
Bien sûr, depuis des années,
on a perfectionné l'alimentation
de base et les compléments
alimentaires. Si cela suffit dans
l'énorme majorité
des cas aux veufs et aux pigeons
séparés, les besoins
deviennent énormes au moment
où il y a des pipants au
plateau. Remarquons au passage qu'il
en est de même pour les graines
légumineuses : dans les élevages
où on sert les graines séparées
(froment maïs pois) et à
volonté en trémies,
la consommation de pois varie du
simple au triple entre le couvage
et le gavage des jeunes, en particulier
à partir du 8e jour.
Le jeune organisme a besoin pour
se former, dans les meilleures conditions,
de minéraux divers. D'abord
le calcium : il est apporté
sous forme du carbonate de chaux
des coquilles d'huîtres broyées
plus ou moins finement dans le grit
et les blocs sel divers. Son apport,
sauf négligence impardonnable
de l'éleveur, est donc à
peu près toujours suffisant.
Mais ce calcium n'est rien s'il
n'est pas associé au phosphore.
En effet, les os contiennent une
très forte proportion de
phosphate tricalcique. On considérait
jusqu'à présent que
le complément de phosphore
était suffisamment apporté
par la phytine des graines. C'est
un phosphore complexe (inositohexaphosphate
de chaux et de magnésie)
apporté, plus ou moins, par
les graines plus ou moins assimilable
selon la teneur des graines en "phytase".
C'est compliqué et disons
que la phytine de froment est bien
assimilable alors que celle du maïs
et des légumineuses l'est
très peu. Toujours est il
que des expériences récentes
ont montré le grand intérêt
d'un apport substantiel de phosphore
par rapport au calcium, dans l'alimentation
des pipants au plateau. Les comprimés
à 10 % de phosphore pour
20 de calcium se sont montrés
bien meilleurs que d'autres à
4 % de phosphore et 24 de calcium.
Voilà un premier élément
pour une recherche éventuelle
de la cause du "champ".
Beaucoup d'amateurs mettent au colombier
un petit pot de sel. C'est très
bien, à condition d'en mettre
régulièrement. En
cas de manque pendant quelques jours,
les pigeons se précipitent
sur le pot rempli à nouveau
et certains s'en rendent malades
(intoxication rénale) et
même peuvent en mourir (5
g de sel tuent un pigeon). Et il
faut savoir également qu'il
n'y a pas de sel dans le grit ni
dans les blocs sel. Les pierres
à picorer en contiennent
un peu mais pas encore assez pour
satisfaire les besoins des éleveurs.
Un bon moyen est donc d'ajouter
15 g de sel par kilo de grit bien
mélangé et au fur
et à mesure des besoins.
C'est une obligation et a fortiori
pour les pigeons tenus constamment
en volière.
J'ai eu à connaître
une semblable affaire dans un grand
élevage de pigeons de chair
: pontes espacées, mauvaise
croissance des pigeonneaux, mortalité
faible mais constante parmi les
reproducteurs. Aucune maladie décelée.
Question, après maintes recherches
et réflexions : "votre
grit est il salé ? Non, alors
essayez donc de mettre 10 g de sel
par litre d'eau de boisson pendant
quelques jours." Et tout est
rentré dans l'ordre comme
par enchantement.
Le besoin du "champ"
peut être également
dû à une carence en
certaines protéines (animales)
donc d'acides aminés indispensables.
Cela se traduit par la recherche
de petits escargots, d'insectes
généralement assez
gros (type hanneton). Cela explique
d'ailleurs l'infestation rare certes
de ces pigeons par les ténias
(dont ces escargotins sont hôtes
intermédiaires). L'apport
de levures pallie ce manque d'acides
aminés.
Enfin, il y ales oligo éléments.
Si on connaît de mieux en
mieux les besoins chez les mammifères
(zinc = stérilité
cobalt = anémie sélénium
= muscle magnésium = musculature,
etc ...). Pour les oiseaux, ce n'est
pas aussi net a fortiori pour des
oiseaux de sport. Aussi, emploie
t on un complexe d'oligoéléments
associant divers sels (sulfates
iodures). L'action générale
est bonne, encore qu'on connaisse
très mal les équilibres
entre ces minéraux : un excès
de l'un risque de provoquer une
carence (un manque d'un autre qui
lui est associé). C'est comparable
à ce qui se passe entre phosphore
et calcium. Un excès de l'un
provoque un manque de l'autre (il
faut une partie de phosphore pour
trois de calcium. S'il y a trop
de calcium, il y a donc manque de
phosphore).
Sur ces bases, j'ai conseillé
à cet amateur de donner quelques
jours d'eau salée à
10 g par litre additionnée
d'une bonne pincée d'oligo
éléments. Continuer
la distribution de levures. Et j'ai
eu le plaisir de recevoir une lettre
m'annonçant le succès
de la méthode. Merci, il
est toujours intéressant
de connaître les résultats
de ce qu'on a conseillé.
Mais si peu savent écrire
!
J.P. STOSSKOPF