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     »  Le veuvage


C'est une méthode de jeu mise au point vers 1930 1935, dans la région de LIÈGE, et qui peu à peu a gagné la Belgique et le monde colombophile tout entier.
Le veuvage, c'est la méthode qui consiste à exploiter l'attachement d'un pigeon (le mâle dans l'énorme majorité des colombiers) pour sa case et son conjoint, en dehors de tout élevage. Le conjoint (donc le plus souvent la femelle) est tenu éloigné toute la semaine du pigeon qui voyage. II est tenu dans une volière avec les autres pigeons soumis à la même méthode, ou dans une case individuelle qui permet d'éviter les accouplements homosexuels intempestifs. Selon les techniques, ou bien le pigeon resté à la case n'est que « prévenu » de l'apparent départ d'un nouveau du cycle de reproduction (ouverture de la demicase avec plateau - retournement du plateau), ou bien il est franchement remis en présence quelques courts instants, de son conjoint. Dans le premier cas il faut quelques semaines au nouveau veuf pour comprendre, dans le second il comprend tout de suite. Mais dans le premier cas cela dure plus longtemps que dans le second en particulier avec les pigeons pleins d'expérience. Chez les joueurs de vitesse et de demi fond, on préfère la présentation avant enlogement, dans le grand fond, la non présentation qui laisse le pigeon veuf en état plus calme.

Les avantages du veuvage sont l'extrême régularité de la vie du pigeon. II ne subit pas les aléas de l'élevage (engraissement pendant le couvage, amaigrissement pendant l'élevage) son état de corps est régulier. Sa ration étant régulière, les réserves acquises permettent une apparition rapide de la forme liée à l'état nerveux de l'oiseau.
Les inconvénients sont la forte diminution de l'élevage qui limite le nombre de pigeonneaux sur lesquels s'exercera la sélection. C'est aussi la sélection beaucoup moins dure des femelles qui « passent » veuves trop jeunes pour faire leurs preuves sportives. C'est pourquoi il est hautement souhaitable que les femelles de l'année et celles d'un an soient soumises au banc d'essai sportif avant d'acquérir le droit de rester au colombier, fût il celui des femelles de veufs. Les colonies qui gardent leur renommée longtemps sont celles qui sélectionnent autant les femelles que les mâles sur le plan strictement sportif, l'expérience le montre abondamment.
Le veuvage des mâles peut durer valablement 10 à 12 semaines. Celui des femelles, toujours très délicat à mettre au point (beaucoup de bonnes femelles de voyages ne sont pas aptes à ce genre d'exploitation) 3 ou 4 semaines pas plus. Pour les mâles, on peut, après les premiers signes de saturation, substituer ce qu'on appelle le demi veuvage ou le veuvage sur jeunes. On réaccouple les pigeons, les femelles pondent, et au bout de quelques jours de couvage, on échange les oeufs contre un jeune à grains (donc de 7 à 8 jours au moins) et on enlève les femelles, laissant le mâle élever seul le pigeonneau. Bien sûr, il est souhaitable d'aider le mâle à élever son jeune (remettre la femelle, après repas, près du jeune pendant que le mâle est à la volée, ou bien gaver le jeune « à la main »). On peut aussi couper la saison de veuvage par une courte période de couvage avec remise au veuvage.
L'exploitation d'une équipe de veufs suppose qu'on a à sa disposition plusieurs pigeons ayant acquis une bonne expérience au voyage, énergiquement sélectionnés, un pigeon médiocre n'ayant pas plus de chances au veuvage qu'au naturel. Cette exploitation est facile à condition que soient respectées quelques règles strictes.
Un pigeon veuf a des besoins alimentaires limités puisque toute sa ration passe en entretien, en énergie et en reconstitution musculaire. Tout excès alimentaire se paie rapidement par une perte d'appétit pratiquement impossible à rattraper et qui oblige l'amateur à réaccoupler ses pigeons après 3 ou 4 semaines de veuvage, pour résultats en chute libre après un ou deux dimanches brillants.
Ensuite un veuf a besoin de tranquilité, l'amateur ne va que 2 fois par jour au colombier et les visiteurs strictement proscrits. Si le pigeon s'énerve trop, on met des rideaux aux fenêtres. Toute visite d'un élément du sexe opposé en cours de semaine est une catastrophe redoutable, contre laquelle la plus grande vigilance est indispensable.
Enfin comme les autres pigeons, les veufs sont susceptibles d'être contaminés au panier, et toute chute de durée, de hauteur dans les volées, tout symptôme anormal au colombier des veufs, exige enquête et au besoin remède d'urgence, comme dans les colombiers de naturels.
Pour ceux qui ne l'ont jamais pratiqué, le veuvage demande un apprentissage fondé sur beaucoup de lectures des meilleurs auteurs, ceux qui ont fait leurs preuves sportives, les conseils d'un bon amateur large d'esprit et d'esprit sportif, un apprentissage progressif, avec quelques pigeons pour commencer, puis des variantes de plus en plus sophistiquées, selon les aptitudes de chacun.


Jean Pierre STOSSKOPF



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