LA FIN DES FEMELLES
Toutes choses ont une fin. Celle
d'une bonne femelle, reproductrice
en particulier, mère de quelques
tout bons pigeons est toujours ressentie
avec regret par l'amateur. Il n'en
est pas moins intéressant
de savoir ce qui provoque cette
fin. Par ce terme d'ailleurs, on
n'entend pas forcément la
mort, mais l'inutilité, le
reste de vie n'étant que
de la mentalité de l'amateur
et du respect qu'il a de ses vieux
serviteurs.
Pour une femelle d'âge, le
premier pas vers la mort est celui
de la stérilité. Cela
se traduit uniquement par l'espacement
des pontes, la ponte d'un seul veuf
puis l'arrêt total des pontes.
La vieille femelle ne pond pas d'oeufs
clairs (le mâle est alors
toujours en cause) et, exceptionnellement,
des oeufs sans jaune (vitellus).
Chez les femelles, la ponte d'oeufs
sans coquille ou à coquille
anormale (rugueuse) est toujours
due à une infection de l'oviducte.
Cette stérilité définitive
intervient à des âges
très variables: Cela peut
être 6 ans comme 12. Certaines
très vieilles tiennent le
coup et j'ai vu pondre, pendant
une conversation au colombier, «
Poupette », 14 ans, de mon
ami Gustave GUELTON exceptionnel
.
Chacun sait que les bonnes reproductrices
sont la plupart du temps, prolifiques.
Elles pondent facilement, naturellement.
Mais avec l'âge, cela fatigue
l'organisme. Cela se traduit, sur
le plan physiologique, par une diminution
progressive de la tonicité
de l'oviducte. Les conséquences
du vieillissement de cet organe
sont de deux ordres : risques accrus
de ponte abdominale, c'est à
dire que le jaune se détachant
de l'ovaire « rate »
le pavillon (entonnoir) de l'oviducte
(manque de souplesse dû à
la vieillesse et au surmenage génital)
et « tombe dans le ventre
», y éclate et y provoque
une péritonite avec ascite
(eau dans le ventre qui se ballonne)
et essoufflement. La mort s'ensuit
sauf diagnostic précoce suivi
d'une opération toujours
très délicate (anesthésie
d'une malade grave nécessité
d'éliminer la moindre trace
de jaune d'oeuf adhérences
précoces dues à l'inflammation
générale de la cavité
abdominale). Ou risques d'atonie
de l'oviducte : l'oeuf est dans
l'oviducte mais n'avance plus car
l'organe n'a plus de contractions
assez énergiques. La femelle
fait des efforts expulsifs, tient
le nid à longueur de journée
et rien ne vient. La palpation permet
de sentir l'oeuf, en haut, presque
plaqué à la voûte
sacrée (entre le dos et la
base de la queue). Ne pas confondre
avec le gésier, beaucoup
plus en avant et à droite.
Le remède consiste à
injecter un peu d'huile (paraffine
si possible) dans le cloaque (il
est très difficile de trouver
l'orifice de l'oviducte dans le
cloaque, la lubrification aussi
loin que possible de l'oviducte
serait évidemment bien meilleure)
et à faire à la femelle
une piqûre de 3 à 5
unités d'hormone posthypophysaire,
intramusculaire, renouvelable à
1/2 dose toutes les heures jusqu'à
obtention du résultat. Cela
marche 9 fois sur 10. Sinon, l'opération
s'impose. A noter que, puisqu'il
s'agit dans l'énorme majorité
des cas, du 1er oeuf, le second
ne se forme pas tant que le premier
n'est pas évacué.
Et qu'un repos sexuel, avec isolement
prolongé (2 mois) et reconstitution
organique (vitamines, minéraux,
toniques) s'impose après
une telle aventure, sous peine d'une
rechute à la ponte suivante.
HERNIES OU TUMEURS
Les efforts expulsifs de la ponte
affectent également les muscles
de la paroi abdominale, en provoquant
assez souvent la rupture chez la
vieille femelle. D'où hernie
intestinale.
La femelle présente alors
une « boule » graisseuse,
habituellement dans l'axe médian
pointe du bréchet anus En
fait, l'organisme dépose
là un excès de graisse
de colmatage. A l'ouverture prudente
de cette masse graisseuse, on trouve
un sac herniaire avec une anse intestinale.
Quelquefois, une portion d'oviducte
(d'où stérilité
mécanique). Si les jours
de la femelle ne sont pas menacés
par une telle hernie, cela peut
compromettre tout de même
la fécondité. L'opération
est bénigne et si la femelle
en vaut la peine...
II n'est pas rare de voir brusquement
une vieille femelle, triste dans
un coin, ne s'intéressant
plus à la case, mangeant
du « bout du bec ».
En mains, elle apparaît molle,
le ventre ballonné, très
vite essoufflée, au point
que quelques unes font une syncope
mortelle dans les mains de leur
maître. Rassemblant ses souvenirs,
l'amateur se souvient que depuis
quelques mois son rythme de fécondité
s'est ralenti. Cette femelle a une
ou des tumeurs abdominales. La texture
de ces tumeurs fait penser à
des vitellus (jaunes d'oeufs) dégénérés,
infiltrés de globules blancs
(de défense) organisés.
Leur coupe montre des couches concentriques,
leur forme est habituellement régulière,
ovoïde ou ronde. II apparaît
probable qu'il s'agit de follicules
ovariens plus ou moins évolués
qui ont essaimé dans l'abdomen,
et s'y sont organisés. Certains
prendront un tel volume qu'ils atteindront
celui d'un veuf de poule et provoqueront
des désordres aigus. Là
aussi l'opération est la
seule méthode valable :l'élimination
de ces tumeurs, la plupart du temps
non adhérentes, est la condition
absolue d'un prolongement de la
fécondité.
CHEZ LES JEUNES
Chez certaines femelles, encore
jeunes souvent, des phénomènes
semblables apparaissent quelquefois,
mais brutaux. D'un jour à
l'autre, l'appétit est nul,
l'aspect prostré, des fientes
molles ou au contraire très
rares, vert foncé, collantes.
Le ventre se ballonne, douloureux,
dur. Cela a tout l'air d'une infection
microbienne aigüe : c'est un
ovarite microbienne, localisation
d'un microbisme d'élevage
que nous avons déjà
étudié dans ces colonnes.
L'agent microbien peut être
un staphylocoque (très fréquent),
un stéptocoque, une salmonelle
(paratyphose). L'intervention énergique
avec un antibiotique approprié
s'impose d'urgence. Le traitement
sera prolongé pendant 5 à
8 jours. Malheureusement, si le
traitement a été tardif,
l'infection chronique ancienne avant
de passer à l'état
aigu, la femelle bien que rapidement
guérie n'en reste pas moins
stérile. Tous les traitements
essayés sur de telles femelles
se sont, jusqu'à présent,
révélés décevants.
Existe t il un moyen d'obtenir encore
quelques veufs d'une bonne femelle,
mère de tout bons pigeons,
qui a cessé de pondre? On
sait que pour les mâles, le
remède existe qui permet
d'obtenir, dans 75 % des cas, des
jeunes d'un mâle « qui
coche clair » depuis quelques
mois. J'ai même obtenu 6 jeunes
l'an dernier d'un mâle de
10 ans, qui était stérile
depuis près de 2 ans. Bien
sûr, mâle comme femelle
doit être stérile depuis
le moins de temps possible. La vieillesse
des organes c'est l'infiltration
progressive des tissus nobles, actifs,
par des tissus simplement de soutien
(tissu conjonctif). Plus on attend,
plus il y a de ces cellules sans
intérêt et moins il
y a de cellules spécifiques
actives.
Le traitement est fait au moyen
d'hormones gonado trophiques (Prolans)
en injections répétées,
complété par une cure
vitaminique (A D3 E B12). Pour les
mâles, la technique est maintenant
bien au point. Pour les femelles,
l'ancienne technique (petites doses
multiples) donne de moins bons résultats.
Elle doit donc être mise au
point. Les premiers essais l'an
dernier, sur ces nouvelles bases,
autorisent de bons espoirs.
Docteur J. P. STOSSKOPF