La cause et l'effet
Tout récemment un amateur
m'écrivait : « Un de
mes yearlings, pigeon de grande
origine fait toujours des fientes
liquides. Cela ne cesse que si je
le restreins en eau de boisson...
» II y a là une confusion
extrêmement fréquente
dans l'esprit des amateurs, supprimer
l'effet, c'est à dire négliger
de rechercher l'explication de l'anomalie
puis d'y remédier si cela
est possible et valable, pour ne
s'en tenir qu'à supprimer
le symptôme. Quand un animal
boit une quantité anormale
d'eau, c'est qu'il a besoin de rééquilibrer
la teneur en eau de son organisme.
La cause la plus fréquente
en est une inflammation de l'intestin
qui diminue l'aptitude de l'appareil
digestif à absorber cette
eau (qui passe dans le sang). L'animal
doit donc boire beaucoup plus d'eau
que la normale. L'excès,
qui n'a pu traverser l'intestin
en mauvais état est rejeté
avec les fientes : c'est la diarrhée...
Autre possibilité : des reins
en mauvais état ; certains
déchets restent dans le sang,
ne pouvant franchir le filtre qu'est
le rein. Le pigeon a soif parce
qu'il s'intoxique. Et l'eau en excès
est rejetée par le rein,
gagne le cloaque et est rejetée
avec les fientes. Donc, supprimer
l'eau, c'est peut être supprimer
la diarrhée, mais surtout
c'est aggraver l'état général
du pigeon en provoquant peu à
peu soit sa déshydratation
(entérite) soit son intoxication
(néphrite c'est à
dire inflammation ou déficience
rénale).
Le même état d'esprit
se manifeste souvent à propos
des traitements. Un autre amateur
m'écrit : « Je n'ai
pas fait de piqûres parce
qu'un viel amateur m'a dit que si
je les faisais je ne ferais plus
de prix. » Il s'agissait d'une
attaque grave de « râle
» c'est à dire un faisceau
de microbismes et de parasitismes
conjugués. Ce traitement
incomplet avait pour premier effet
de permettre une extension de la
maladie, le nombre de pigeons râlant
augmentant de jour en jour. Et puis,
réfléchissons un peu
: quand une colonie est ainsi atteinte,
n'est il pas du plus élémentaire
bon sens de penser qu'un certain
nombre de pigeons risquent d'en
garder des lésions définitives
(sur le coeur, les poumons, les
sacs aériens) qui les rendront
strictement incapables de tout effort
athlétique et rendront leur
élimination indispensable.
Attribuer aux piqûres l'effet
nocif qui est en fait celui de la
maladie qu'elles sont destinées
à guérir c'est de
l'aberration dans le raisonnement.
N'était il pas de toute façon
plus dangereux de ne rien faire
?
Encore un autre aspect de ce problème,
plus subtil celui là. Et
à ce propos encore une anecdote
: un amateur de Cologne me téléphone
un jour, me demandant mon avis sur
son cas. La conversation me montre
que la paratyphose traîne
chez lui et je lui dis ce que je
pense utile : triage, traitement,
vaccination, nouveau triage. Et
il s'exclame pas de vaccination,
ça donne la maladie à
ceux qui ne l'ont pas ! »
J'éclate de rire et lui explique
l'impossibilité absolue de
cette contamination par le vaccin
et le peu de logique de sa position.
Un vaccin comme celui employé
contre la paratyphose est ce qu'on
appelle un « vaccin tué
». C'està dire que
c'est une suspension des cadavres
des microbes de la maladie (salmonelles)
tués soit par la chaleur
(on chauffe la suspension pendant
plusieurs heures) soit par des antiseptiques
(formol par exemple). Ces vaccins
sont obligatoirement testés,
contrôlés avant leur
mise en vente. Le principe de la
vaccination est fondé sur
l'aptitude de l'animal vacciné
à avoir une réaction
de défense contre le microbe,
microbe inoffensif puisque... il
est mort. Cette réaction
de défense, progressive (on
vaccine au moins 2 fois) confère
au pigeon vacciné ce qu'on
appelle « l'immunité
» contre le microbe de la
maladie.
Mais cette réaction de défense
devient souvent très violente
quand on vaccine un pigeon déjà
contaminé. Aux principes
du vaccin s'ajoutent ceux des microbes
vivants déjà dans
le pigeon et pendant quelques jours,
ces microbes vivants s'en trouvent
plus virulents et cela d'autant
plus qu'ils se trouvent dans des
endroits du corps où ils
sont relativement à l'abri
des traitements chimiques ou antibiotiques.
Dans la paratyphose, il s'agit surtout
des articulations, endroits où
ne circule pas de sang donc peu
accessibles aux traitements par
la voie digestive ou en piqûres.
On boit donc, quelques jours après
la vaccination, apparaître
des cas de boîterie, de mal
d'aile et l'amateur pense à
un effet néfaste de la vaccination.
En fait ces pigeons étaient
déjà atteints et la
vaccination n'a fait que hâter
l'apparition du mal qui se serait
révélé un peu
plus tard. Donc ce qui peut sembler
de prime abord comme un grave inconvénient
est en fait un phénomène
très salutaire puisqu'il
permet de parfaire le triage en
révélant ces oiseaux
si dangereux puisque longtemps impossible
à détecter qu'on appelle
les « porteurs sains »
et qui, sans montrer des symptômes
de la maladie, éliminent
par leurs fientes, leur sperme,
leurs oeufs, des quantités
considérables du microbe
et contaminent ainsi continuellement
tous les pigeons qui les approchent.
J.P. STROSSKOPF
Dr Vétérinaire