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LA PAPE

C'est ce que produit le jabot des pigeons, mâle et femelle, depuis la naissance de leurs jeunes au 18ejour pendant une semaine environ. Nommé aussi "lait de pigeon" il a plutôt l'aspect de caillots de lait, assez secs (ils ne contiennent que 72 à 75% environ d'eau, le lait de vache 92 %) rappelant l'aspect de la mie de pain, avec laquelle il n'a bien sûr aucune commune mesure. II n'empêche que des amateurs donnent encore du pain rassis en fin de couvage pour "faire monter la bouillie". Et ce n'est qu'un aspect du problème.
La pape est la production spécifique de glandes du jabot des pigeons mâle et femelle. Tout comme le lait de vache est la production spécifique de la mamelle de vache.
Ceci implique un certain nombre de lois d'abord le lait est produit à un moment déterminé du cycle de la reproduction normale (et non "trafiquée", nous allons en parler) ensuite la composition chimique de ce lait, relativement fixe n'a aucun rapport direct avec la ration absorbée par les éleveurs. C'est l'organisme qui puise le nécessaire sur lui même pour former la pape.
A partir du 8e jour du couvage, la paroi du jabot commence à s'épaissir, à se congestionner, les glandes qui tapissent les parties latérales du jabot évoluent peu à peu pour devenir aptes à former le lait au terme de l'incubation. Le système glandulaire du jabot a un volume multiplié par 20 entre la ponte et l'éclosion des pigeonneaux. Cela est sous la dépendance directe des glandes génitales et de la glande hypophyse qui les commande.
Dès le début de l'incubation, les testicules du mâle perdent progressivement 90 % de leur volume (au milieu de l'incubation). Ces testicules regrossiront quelques jours après l'éclosion et reprendront leur fécondité. Chez la femelle, on constate le même phénomène sur l'ovaire. II y a donc une corrélation certaine l'évolution des glandes du jabot provoque le repos physiologique des glandes génitales.
Ce phénomène est directement sous l'influence de la glande hypophyse. L'incubation déclenche la production d'une hormone hypophysaire "la prolactine" indispensable à l'évolution des glandes du jabot.
Ces glandes sont aptes à produire le "lait de pigeon" à partir du 16e jour de l'incubation. Mais cela ne suffit pas. Comme un moteur, il faut l'étincelle pour que cela se mette à fonctionner. Le déclenchement de la production du lait est d'ordre nerveux : il faut que les couveurs sentent sous eux le pigeonneau remuer dans l'oeuf et le bécher. Si on passe directement un petit jeune à un couple en fin de couvage, il ne sera gavé "à bouillie" (on dit aussi "à mousse") qu'au moins 12 à 18 heures plus tard. Ce passage de jeune s'organise donc à l'avance. Les pigeons ne couvant pas depuis au moins 16 jours, à l'éclosion des oeufs d'adoption, n'auront pas de lait et les nouveaux nés, gavés à l'eau et avec de très rares grains, vont mourir très vite.
Par contre, si les couveurs sont amenés au surcouvage puisqu'ils couvent des oeufs d'adoption pondus 2/3 jours après les leurs, ils auront du lait, normalement, à l'éclosion des pipants. Mais le surcouvage ne dépasse pas habituellement 3 jours. Changer les oeufs demande donc la plus extrême attention si on veut éviter les déboires de tous ordres dans les premiers jours de l'élevage.
Le lait de pigeon a la composition moyenne suivante (d'après L. Binet) eau 76,5 %, protéines 14, graisses 8, minéraux 1,5 et sucre 0. Cela varie bien sûr d'un pigeon à l'autre mais de peu. Signalons, par comparaison, que le lait de vache contient 4 % de protéines et 3,5 % de graisses. Par contre, il contient des sucres (lactose), 4,5 % environ.
II est curieux de constater que les laits qui assurent la croissance la plus rapide sont bien sûr riches en protéines, en graisses et en minéraux (pigeon lapine) mais aussi très pauvres en sucres.
Tout le monde sait qu'il y a de plus ou moins bons éleveurs. La qualité de leur lait est bien sûr directement en cause. Selon les analyses, la richesse peut varier de 10 à 12 % d'un pigeon à l'autre. I I faut se convaincre des faits. Le pigeon éleveur mange sa ration de graines. Mais il prend sur les réserves de son corps de quoi produire ce lait. Si la ration ne permet pas de remplacer ce qui a été prélevé pour la formation du lait, le pigeon maigrit, se carence, et si cela dure, cela influera sur son avenir sportif ou de reproduction (retard de croissance des pigeonneaux, retard de la ponte suivante, problèmes de fécondité des oeufs, etc ...). Bien sûr, après le 8e jour, quand le lait a presque totalement disparu, c'est la ration quotidienne qui est rapidement gavée aux pigeonneaux.
La quantité de lait produite est aussi, bien sûr, directement conditionnée par l'état de santé des reproducteurs. Toute atteinte a un retentissement sur le lait produit, tant en qualité qu'en quantité. C'est ainsi cas extrême que les pigeonneaux nouveaux, nés de pigeons gravement parasités par les vers capillaires, meurent dans les 48 heures, maigres, le jabot vide, parce que leurs parents n'ont pas de lait. Ils sont morts de faim. Le lait véhicule les trichomonas qui prolifèrent dans les premières voies digestives, lors du gavage : le pigeonneau est donc parasité dès ses premiers repas si ses parents le sont. Cela illustre la nécessité des traitements antiparasitaires pendant le couvage, peu de temps avant les éclosions de manière que les éleveurs n'aient pas eu le temps de se recontaminer.


J.P. STOSSKOPF



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