L'ÉLEVAGE,
TEST AVANT LES CONCOURS
Un amateur m'écrit : «
Comme mes pigeons ont été
malades, j'ai l'intention de ne
pas les faire élever ce printemps,
de manière à ne pas
entamer leurs réserves ».
Je suis l'adversaire convaincu de
cette façon de faire. Et
cela pour plusieurs raisons. D'abord,
l'élevage ne fatigue quand
même pas plus qu'un concours
à 4 ou 500 km ou un concours
d'avril par temps froid et vent
debout. Et les pigeons devront en
faire un bon nombre au cours de
la saison après 8 ou 15 jours
de repos. Cela suppose qu'en 8 ou
15 jours, ils auront refait leurs
réserves. Ils auraient donc
très bien pu élever
sans compromettre leur saison sportive.
Ensuite, ne pas élever, c'est
le plus sûr moyen de ne pas
savoir où on en est. Chacun
sait que « les jeunes ont
à l'état aigu ce que
leurs parents ont à l'état
chronique ». Et chacun sait
aussi combien ces affections chroniques
chez les adultes ont une influence
catastrophique sur le rendement
sportif. Ne pas élever pour
ne pas voir cela, c'est employer
le système de l'autruche
qui piquait sa tête dans le
sable pour ne pas voir le danger.
Par contre, une colonie dont l'élevage
atteint le cap des six semaines
sans encombre, sans pertes dans
l'oeuf ou à la naissance,
sans diarrhée des 10 jours,
sans muguet, sans mortalité
au plateau, sans pépins de
sevrage, est une colonie qui va
connaître les succès.
Ne pas élever, c'est se priver
de ce révélateur alors
qu'il en est encore temps et si
cela ne va pas, c'est à coup
sûr perdre une partie de la
saison sportive car la situation
ne peut se rétablir en quelques
jours.
En hiver, tout semble bien aller
: les délais d'infestation
des parasitismes intestinaux (neufs
de vers coccidies) sont considérablement
allongés parle froid (qui
n'a cependant aucun pouvoir désinfectant,
contrairement à ce qu'on
croit couramment) les affections
respiratoires, qui sont actuellement
les causes les plus fréquentes
de mauvais rendement sportif sont
a en veilleuse ,les pigeons n'ont
rien à faire, alors la vie
est belle.
Tout cela claque des ailes, roucoule,
vole haut. et loin dès qu'apparaît
un rayon de soleil et «les
champions d'hiver » s'en gonflent
de plaisir et d'orgueil. Dès
la fin d'avril, beaucoup commenceront
à se dégonfler :fientes
plates, volées courtes vont
venir peu à peu jeter l'inquiétude
dans les esprits et quinze jours
après, ce seront des lamentations.
C'est cela que l'élevage
de printemps évite.
Dans les colonies qui vont craquer
fin avril, dès que les jeunes
ont quelques jours, les premiers
symptômes apparaissent : fientes
douteuses des parents puis des pigeonneaux
au plateau, soif anormale, gros
jabot, chairs violacées,
éleveurs légers puis
pigeonneaux qui piaillent, maigrissent,
inondent les plateaux. L'alerte
est donnée : s'il sort de
son idée que ses pigeons
ont mangé de l'engrais (c'est
beaucoup plus rare qu'on ne le dit)
et fait une enquête sérieuse
avec ou sans l'aide du technicien
(le bon amateur connaît ses
limites(, il sera encore temps de
remédier à tout cela
avant la grande attaque. Bien sûr,
peu de pigeonneaux resteront après
le triage, mais les victimes auront
été un révélateur
primordial d'un état de santé
douteux pourtant pratiquement insoupçonnable.
N'est ce pas le point essentiel
pour défendre les chances
de la colonie sur le plan sportif,
donc pour sa destination première
?
L'expérience montre qu'en
une, deux, trois semaines au plus
dans les cas les plus sérieux,
on peut rétablir la situation
compromise si on emploie tout de
suite les moyens parfaitement adaptés.
Dr. J. P. STOSSKOPF