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L'AVENIR DES TARDIFS


Les tardifs seront particulièrement nombreux cet automne après la saison pénible et destructrice que nous avons connue cette année. II y a partout des cases vides et les tardifs sont alors indispensables. Pour les joueurs de fond, ces pigeons « à cheval », après une saison de dégrossissage pourront dès la deuxième saison de jeu s'attaquer aux grands concours avec des chances totales. Et on trouve des tardifs nombreux parmi les meilleurs.
Mais ces tardifs, dès leur 3e mois, c'est à dire alors qu'ils se façonnent, prennent ossature, musculature, vont connaître les rigueurs de l'hiver L'hiver c'est le froid, l'humidité C'est aussi, traditionnellement, pour la majeure partie de la colonie la ration... d'hiver.
Dans la ration, il y a trois fractions : la part du métabolisme basal (ce qu'il faut pour «faire marcher la machine »), la part calorique nécessaire à la lutte contre les différences de température et à l'exercice physique, la part nécessaire à la croissance. On voit donc que si pour les adultes seules les deux premières parts sont nécessaires, la troisième est indispensable aux tardifs si on veut les voir continuer à se développer normalement, et devenir peu à peu des athlètes. Par conséquent, il est indispensable de réserver aux tardifs un colombier suffisant pour leur nombre où ils pourront trouver nichette personnelle, confort et hygiène. Ils pourront y recevoir une ration différente, abondante, riche en protéines, en oléagineuses par temps froid. De plus, la formation progressive du squelette exige minéraux et vitamines : minéraux classiques de grit et des poudres minérales complexes polyvitaminées, riches en vitamine D3 en particulier, destinés à pallier l'absence du soleil et ses rayons ultra violets. II ne faut pas oublier que la fixation des minéraux se fait très tôt et que dès le nid, le squelette futur est en cause. Mais si l'apport minéral aux nourriciers est capital, il leur reste toute la prime jeunesse des tardifs.
Comme je l'ai dit souvent, l'assimilation est le complément indispensable d'une alimentation au sens large généreuse et équilibrée. Cette assimilation convenable est conditionnée par l'état de l'intestin. A intestin en mauvais état (inflammation, dégénérescence) mauvaise digestion (incomplète), les éléments nutritifs n'atteignent pas l'état chimique où ils peuvent être assimilés) et mauvaise filtration des éléments nutritifs : le pigeonneau maigrit, son squelette reste mou et fragile. C'est dire qu'il faut veiller avec vigilance à l'absence de toute diarrhée, signe d'un désordre. Avec les pluies de l'automne, la coccidiose connaît une très forte recrudescence et dans la plupart des colonies, même celles qui ignorent d'habitude ce parasitisme, un traitement s'impose. La qualité de la mue, la qualité des tardifs sont directement en cause. Et même les tardifs, en ayant apparemment peu souffert, se trouveront bien d'un petit « nettoyage ». Comme de coutume anticoccidiose et antitrichomonose.
II faut se dire aussi que si la mue de ces tardifs dépend, bien sûr, de la date de leur naissance, mais aussi des conditions météorologiques de leur prime jeunesse, de leur alimentation (nous avons vu cela déjà) et de leur santé. Mais chacun sait qu'une mue qui s'arrête à moitié de l'aile, reprendra au printemps suivant aux deux hauteurs :les tardifs mueront pratiquement en même temps leur 1l8 et leur 68 rémige, et cela rend le vol sportif impossible. Comment faire alors ?D'abord voir comment cela se passe. Lors des hivers doux, la mue des tardifs continue jusqu'en Janvier Février pour autant que soient réunies les conditions de santé et d'alimentation permettant à leur organisme cette dépense physiologique supplémentaire jusqu'à ce que soient maîtrisées les techniques artificielles de déclenchement et de perfectionnement de la mue. Ce qui s'avère en pratique pas si facile... qu'en théorie.
Nous aurons donc, à la fin de l'hiver, trois catégories de tardifs ceux qui ont mué toute ou presque toute l'aile (la mue des 2 ou 3 dernières rémiges de nid ne se fera alors qu'à l'époque normale de leur mue donc à l'âge de 12 13 mois), ceux qui se sont arrêtés à la 5e rémige environ, que nous venons d'évoquer, et enfin ceux qui n'ont mué qu'une ou deux rémiges primaires, ou pas du tout.
Pour les premiers et troisièmes les entraînements devront se faire « dès que le temps le permettra » de manière à effectuer le premier dégrossissage. Quand cela sera fait, ces tardifs pourront être joués à la bonne saison, avec le handicap d'être de très jeunes yearlings affrontant des concurrents plus âgés de 6 à 9 mois. Mais quand on l'accepte, ce handicap n'empêche pas les meilleurs de tirer leur épingle du jeu et de gagner leur place parmi les bons. Le cas des « demimués » est plus complexe. Car, accouplés en Février Mars, ils vont muer début Mai avec 4 rémiges en moins la plupart du temps.
Alors, comment faire ? Deux techniques : la première consiste à hâter le début des entraînements « dès que le temps le permet » de façon à éliminer les incapables le plus tôt possible. Ensuite, on les jouera avec un jeune au plateau (qui bloquera la mue) à chaque fois que les rémiges en croissance seront suffisamment repoussées. Bien sûr cela ne fera que quelques concours. Mais assez pour que leur valeur s'exprime. La deuxième méthode consiste à les laisser célibataires. A chacun sa nichette et on a la fin Avril, le mois de Mai et jusqu'à la première chute de rémiges pour exploiter ces jeunes espoirs. Pour rattraper ensuite le calendrier normal de la mue, deux couvages à blanc et l'affaire est faite... pour les rescapés.
Ainsi l'amateur aura consolidé ses effectifs, et disposera ainsi de deux ans » déjà aguerris la saison suivante. Et ce, avec le minimum des inconvénients reprochés traditionnellement aux pigeonneaux de l'automne.

Jean Pierre STOSSKOPF



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