FAIRE ABSORBER LES
MÉDICAMENTS
Les cures, préventives ou
non, que les pigeons modernes reçoivent
plus ou moins souvent au cours de
l'année, sons plus ou moins
bien acceptées. La voie «
eau de boisson » en particulier
risque de poser des problèmes.
En effet, si on diminue la dose
par litre d'eau, on n'aura plus
une concentration suffisante et
la quantité de médicament
absorbée risque d'être
inefficace (et chose aggravante
elle risque de hâter l'apparition
de souches résistant au médicament).
Si on augmente la dose, le goût,
l'odeur de certains médicaments,
les font refuser par certains pigeons
qui vont boire ailleurs si on donne
des volées, ou préfèrent
« crever de soif » que
de boire l'eau médicamentée.
Alors que faire ?
L'eau de boisson est le vecteur
le plus fréquent du traitement
collectif (tout le colombier ou
toute la colonie). Elle a l'avantage
de la simplicité. L'eau est
un élément direct
de l'alimentation et tous les pigeons
sont obligés de boire. Elle
a cependant l'inconvénient
de «l'anonymat »puisqu'on
ne vérifie pas ou mal si
chaque pigeon a bien bu. Ce n'est
qu'au bout de 2 3 jours, en cas
de refus, que le pigeon présente
une attitude anormale qui attire
l'attention de l'amateur. Les doses
absorbées sont aussi assez
variables :par exemple, les pigeonneaux
au plateau reçoivent presque
autant d'eau qu'un adulte, beaucoup
plus lourd. D'où quelques
incidents possibles par excès
de médicament, toujours calculé
sur la base de 1 litre d'eau pour
10 Kg de poids vif, pour une température
extérieure n'excédant
pas 18 20°C maximum. Au dessus,
il est nécessaire de diminuer
la dose de médicament puisque
les pigeons boivent plus. On mettra
alors la dose prévue pour
un litre dans un litre et quart,
voire un litre et demi d'eau de
boisson.
Un médicament rebute éventuellement
les pigeons par son goût ou
son odeur. II faut donc s'attacher
à masquer cette odeur ou
ce goût. Généralement
on le fait par un produit lui même
à goût ou à
odeur très marqué.
Ainsi on additionne l'eau de boisson
médicamentée de sucre,
de parfum anisé, ou de cannelle,
ou d'un produit odorant. Mais ce
qu'il faut savoir, c'est qu'il est
indispensable que les pigeons connaissent
déjà ce goût
ou cette odeur. La première
fois qu'on sucre l'eau des pigeons
(ou qu'on y met du miel), ils se
reculent, surpris, dés la
première gorgée. Puis
ils s'y mettent, et ils aiment beaucoup
cela. De même avec les complexes
vitaminés : certaines vitamines
comme la vitamine B, sentent très
fort. La première fois, les
pigeons sont rebutés et refusent
de boire. Après quelques
temps, ils n'y font même plus
attention. De même, l'odeur
anisée, etc, etc ....
Donc, en fait, pour qu'un médicament
soit «masque »dans l'eau
de boisson, il faut qu'il le soit
par un goût ou un parfum connu
des pigeons. Si le goût ou
l'odeur sont eux aussi nouveaux
pour les pigeons, on n'arrive à
rien de mieux.
Voilà le secret de l'affaire.
Bien sûr, il est nécessaire
que lors de la première administration
les oiseaux aient bien soif (enlever
l'abreuvoir quelques heures à
l'avance) et qu'ils ne puissent
aller boire ailleurs (où
cela peut être très
dangereux : mazout, produits agricoles
phytosanitaires, etc). On fera donc
bien de supprimer les volées,
ou de les donner très courtes
et, bien sûr, à jeun.
Après tout, il ne s'agit
que de quelques jours.
Certains produits sont strictement
insolubles dans l'eau. A défaut
de les donner sous forme de comprimés
(nous verrons cela plus loin) ce
qui représente un très
gros travail, le plus souvent matin
et soir, on est amené quelquefois
à les donner sur les graines,
préalablement huilées
(huile à salade: arachide
ou mais ou tournesol), et très
soigneusement mélangées
et remuées de manière
à obtenir une répartition
aussi régulière que
possible. Ces graines sont alors
distribuées chaque jour comme
la nourriture habituelle, plusieurs
jours de suite, et strictement comme
unique nourriture. Cette distribution
est le plus souvent très
bien acceptée, sans réactions
secondaires. On donne ainsi certains
vermifuges, certains antimycosiques
(contre les champignons et levures
parasites : aspergillon candidose),
il est vrai peu odorants et de goût
neutre. Cette technique a le défaut
de laisser de côté
les cas graves qui souvent ne mangent
plus ou presque plus. A défaut
de les supprimer comme sans avenir,
ce qui est vrai la plupart du temps,
on peut toujours les soigner à
part, avec le produit pur en boulette
par exemple.
Le problème des comprimés,
pilules, gélules, etc, etc,
est beaucoup plus complexe. Ils
sont administrés aux pigeons
sous forme figurée, de la
grosseur d'une graine habituellement.
Certains produits sont mal acceptés
sous cette forme, le pigeon les
vomissant avec la plus extrême
facilité (le pigeon vomit
ses graines ou son lait pour gaver
ses jeunes). L'expulsion est très
rapide : souvent quelques minutes
après l'administration. On
a essayé de limiter le goût
des principes actifs en enrobant
les comprimés d'une pellicule
sans goût et sans odeur (cellulose
gomme arabique, etc) résistant
à l'eau et aux sucs digestifs
jusqu'à leur broyage dans
le gésier. En fait, il semble
qu'il s'agit d'un « réflexe
de méfiance ». Le pigeon
prend l'attitude de l'enfant qui
dit « je n'aime pas cela »
devant un mets qu'il ne connaît
pas. Certains produits très
facilement vomis sous forme de comprimés
ou de dragées sont parfaitement
tolérés quand ils
sont donnés dans l'eau de
boisson. On pallie cette réaction
en donnant les comprimés
à jeun et tout de suite après,
un très léger repas
(quelques grains de maïs).
II est bon aussi de donner la volée
aussitôt après. Remarquons
d'ailleurs que seuls les adultes
ou jeunes adultes vomissent. Presque
jamais les jeunes au nid ou récemment
sevrés. II est bon également
de donner à boire en même
temps, dans l'abreuvoir commun,
un complexe vitaminé, un
élixir, etc, d'un goût
certain et connu des pigeons.
Finissons par le problème
du bain. Beaucoup de sels ou poudres
de bains sont parfumés. Ce
qui amène certaines colonies
à refuser de s'y baigner.
II faut habituer les pigeons à
l'odeur de la poudre ou du sel de
bain en en mettant un peu dans la
case, ou dans le plateau. En l'étalant
bien, on parfume alentour et le
bain ne sera plus refusé
pour le plus grand bien du plumage
et de l'hygiène.
Jean Pierre STOSSKOPF