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CONSANGUINITÉ
La consanguinité, c'est la
culture entre membres de la même
famille. Ça c'est la définition.
Mais il convient de préciser
l'affaire. Si on cultive entre eux
les membres d'une même famille,
c'est qu'ils ont tous des qualités
que nous cherchons à reproduire.
On cultivera donc en consanguinité
une famille où il y a de
nombreux bons pigeons, de manière
à tenter d'augmenter le pourcentage
de bons pigeons révélés
chaque année.
Mais les caractères de chaque
pigeon sont multiples. II y a ceux
que nous voyons, palpons, c'est
le phénotype : tel caractère
de l'ossature (long, court, profond,
plat, etc ...) du plumage (couleur,
forme des rémiges, épaisseur
du plumage de couverture) de l'oeil,
etc... II y a les caractères
cachés (récessifs)
qui peuvent réapparaître
lorsqu'ils existent également
chez le conjoint (cachés
c'est à dire récessifs),
c'est le génotype. Et puis,
il y a ce que nous cherchons tous
: la qualité sportive. Ça
on le constate, on cherche à
l'expliquer mais ce n'est pas évident.
Toutes les théories qui ont
vu le jour à travers toute
l'histoire de la colombophilie avaient
toutes pour objectifs de permettre
la détection, à priori,
du bon pigeon.
Tout l'art de la consanguinité
sera donc d'accoupler ensemble des
pigeons ayant des caractères
physiques semblables, une valeur
sportive égale et ayant une
origine commune.
Accoupler le grand père avec
sa petite fille en tant que telle
n'a aucun sens. Cela en a un, si
la petite fille ressemble beaucoup
à ce grand père et
est un crack comme lui.
En effet, beaucoup de caractères
héréditaires sont
"à gènes multiples".
Par exemple la couleur de l'iris.
On pourrait penser que le caractère
"oeil rouge" est un caractère
simple et que, quand on accouple
un oeil rouge avec un oeil blanc,
on tire des jeunes à yeux
rouges et des jeunes à yeux
blancs. C'est beaucoup plus compliqué
que cela. Dans chaque couleur de
base (soit brun, jaune rouge, rouge,
blanc) il y a plusieurs gènes
(caractère héréditaire).
Comme le brun domine le jaune-rouge
qui lui même domine le blanc,
aucun pigeon n'a un oeil "pur".
Par exemple, un oeil rouge contient
non seulement au moins un caractère
jaune mais encore peut être
un caractère blanc. D'où
l'extrême variabilité
dans la couleur des yeux des descendants
selon qu'il y a plus ou moins de
caractères jaunes par rapport
au rouge, et de caractères
blancs (récessifs). On peut
seulement dire qu'il y a couleur
pure quand l'oeil est blanc, encore
que cet oeil est plus ou moins sablé
de rose. On voit l'extrême
complexité de l'affaire.
Ajoutons que chez les macots, l'iris
est décoloré en proportion
des plumes blanches et apparaît
alors partiellement noir (en fait
il est décoloré et
c'est la rétine noire qu'on
voit dans le fond de l'oeil).
Jusqu'à la révolution
dans l'élevage d'après
guerre, on a vécu dans les
limites de la "morale humaine".
Accoupler des parents proches ne
se fait pas ! II n'y avait qu'une
exception anglaise pour la formation
de la race bovine Hereford, où
le taureau "tête de souche"
avait été accouplé
successivement avec ses filles,
petites filles, arrières
petites filles, etc... avec sélection
sévère (sans laquelle
rien n'est valable) à chaque
génération et cela
pendant 8 générations.
L'après guerre a vu, aux
Etats Unis, des études de
consanguinité très
rapprochés (frère
et soeur) chez les poules pondeuses.
Enorme pari puisqu'il consistait
à cultiver en parallèle
plusieurs familles (de même
race, ou de races différentes
: Leghorn, Rhode Island, etc ...)
selon la technique suivante
Génération I : un
coq (fils de grande pondeuse dûment
contrôlée) est accouplé
avec un parquet de 10 de ses propres
soeurs. Leurs oeufs sont mis à
couver et on teste la ponte de leurs
filles. Étant donné
la ponte abondante des poules, on
fait cela avec plusieurs coqs (qui
sont donc frères) et leurs
soeurs. On ne garde que les poulettes
les meilleures pondeuses venant
du même coq. Toutes les autres
familles (coqs, poules) sont écartées
de la culture.
Génération II : Même
technique. Chaque coq valable physiquement
de la génération I
est accouplé avec 10 de ses
soeurs. On teste la ponte de leurs
filles et les meilleures poulettes
de la meilleure famille (même
père) sont seules retenues.
Toutes les autres familles (coqs
et poules quelles que soient les
performances individuelles de certaines
poulettes de ces familles) sont
écartées de la culture.
Génération III: Les
coqs et les poulettes de la génération
II sont soumises aux mêmes
techniques. Cependant, à
ce stade, on assiste à une
chute verticale des rendements de
ponte et à une diminution
du gabarit. C'est là qu'il
faut tirer son chapeau à
ces techniciens: continuer dans
cette voie après avoir constaté
cette déchéance progressive
dénote une confiance extraordinaire
dans le raisonnement scientifique
théorique.
Génération IV: Le
même scénario continue.
Abaissement encore du gabarit physique
et de la ponte.
Génération V : Tout
change. On accouple un coq de la
génération IV d'une
famille avec des poulettes de génération
IV également mais d'une autre
famille (soit de la même race,
soit d'une race différente).
Et là, miracle, vitalité
extraordinaire, gabarit magnifique,
rendement en oeufs formidable (les
"plus de 300 oeufs" par
an sont courants).
Et les descendants de la génération
suivante sont encore très
supérieurs à leurs
ancêtres de la génération
I.
Maintenant cette technique (dont
le grand maître fut M. Humphrey
qui fut aussi Vice Président
des Etats Unis) a gagné le
monde entier et on lui doit cette
révolution dans l'élevage
avicole, avec toutes ses conséquences
financières.
Il était évidemment
bien tentant d'essayer une technique
comparable chez les pigeons voyageurs.
Cela fut fait aux Etats Unis par
mon confrère Whitney avec
des Huyskens VanRieI; en Allemagne
aussi.
J'ai personnellement engagé
le même processus. II est
encore trop tôt pour faire
des statistiques, ma génération
V n'en étant qu'à
ses tout débuts.
Je peux cependant faire dès
maintenant quelques remarques. L'accouplement
frère et soeur, à
la condition absolue que tous deux
soient d'excellents pigeons de voyage,
donne une très bonne proportion
de bons pigeons, parfaitement normaux.
En tout cas, une proportion de bons
pigeons supérieure à
chacun de ces pigeons "en croisement".
Ensuite, j'ai très bien réussi
avec des couples formés de
deux pigeons eux mêmes issus
de frère et soeur. Donc croisement
de deux très consanguins
(toujours issus de très bons
pigeons).
En génération IV,
on obtient des pigeons de format
très petit. On y trouve aussi
une proportion anormale de stériles,
mâle ou femelle (environ 1
sur 5). C'est le revers de la médaille.
Un de mes amis a poussé l'expérience
frère et soeur à la
génération V. C'est
la limite: mortalités brutales
en particulier.
Dès maintenant donc, on peut
dire:
-La consanguinité étroite
n'a d'intérêt que depuis
de très bons pigeons de base.
-L'accouplement frère et
soeur donne une proportion intéressante
de bons pigeons.
-Ces pigeons issus de frère
et soeur sont aussi de bons reproducteurs
en particulier accouplés
avec un conjoint lui aussi issu
de frère et soeur d'une autre
origine.
-Le croisement en 3e ou 4e génération
de frère et soeur est une
expérience très intéressante
à poursuivre.
Nous en reparlerons bien sûr.
Nous devons donc revoir les notions
classiques de consanguinité
en colombophilie. Nous savions déjà
que beaucoup de colonies (de haute
réputation) où elle
est pratiquée fournissaient
une proportion très intéressante
de bons reproducteurs. Le moment
est venu d'aller plus loin.
J.P. STOSSKOFF
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n°18 chemin de l'étang
long 66380 PIA
TPH: 04 68 63 32 26
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