La façon
de nourrir est, apprennent les débutants,
« tout un art ».
II est de fait que ce qu'ils entendent
est tellement varié, opposé,
farfelu quelquefois qu'ils en arrivent
à penser que c'est à
coup sûr une histoire bien
compliquée.
En fait, le bon sens doit présider
à ces problèmes d'alimentation.
Voyons tout d'abord les problèmes
de quantité. Certains disent
: « Je compte les grains à
mes pigeons, toujours sur une pointe
de faim ». D'autres et non
des moindres:
«Moi, mes veufs ont à
manger à volonté.
Le soir, j'enlève ce qui
reste et le jette aux poules ».Alors,
qui croire ? Y a t il donc deux
sortes de pigeons : des goulus et
des "raisonnables " ?
Quelques observations à priori.
On conçoit plus la limitation
de la nourriture à un pigeon
de vitesse dont le travail hebdomadaire
est bref, qu'à un pigeon
de fond. II importe donc de connaître
la spécialité de l'amateur
qui vous donne des conseils.
On sait combien nous accordons tous
un grand intérêt aux
volées de nos veufs. Or,
selon que la colonie est en bonne
santé ou non, ces volées
durent entre 45 et 10 minutes. Si
c'est la catastrophe, c'est deux
minutes, la grande forme c'est 1
heure ou plus. Donc un veuf qui
« ne vole pas » fait
3 à 4 km par jour, un qui
tient la grande forme en vole 120
ou plus. Si on donne à manger
à volonté au premier,
il est obèse en quelques
jours (et alors il vole encore moins)
tandis que l'autre « brille
» sans difficultés
ses excès de graines et par
son ardeur à voler ne risque
pas l'obésité. C'est
donc l'exercice spontané
(ou forcé si vous êtes
un adepte des volées forcées)
qui doit régler la ration
et non le contraire, l'amateur espérant
qu'en distribuant plus et mieux
(les petites graines) ses pigeons
vont mieux tenir la volée.
Ces pigeons qui n'ont pas envie
de voler, ce sont d'abord ces «
respiratoires », éternuant,
gonflant le cou, tombant au toit
le bec ouvert après quelques
tours au ras des toits, la fente
palatine fermée et l'oeil
humide. A ceux là, en plus
du traitement d'urgence, il faut
une ration strictement pesée
de manière qu'ils n'ajoutent
pas l'obésité à
leur infirmité respiratoire.
Sinon quand l'une sera éliminée,
il faudra s'attaquer à l'autre.
Quelques entraînements quotidiens
à 60 km sont un excellent
moyen de lutte contre le poids excessif
et la graisse. Ne voit on pas des
amateurs qui en ont la possibilité,
remplacer la volée des veufs
par un coup de panier à 50-60
km tous les matins. Et cela semble
leur réussir.
Puisque nous parlons graisse, évoquons
un peu l'utilisation de la ration
et la logique de la reconstitution
des réserves. Tout organisme
contient un minimum de graisses
qui font office de matelas de protection
autour des vaisseaux et des nerfs,
autour du coeur, etc... La disparition
de ces derniers amas marque le plus
extrême dénuement physique.
Les graisses de l'organisme sont
le produit de l'assimilation des
hydrates de carbone (sucres, amidon,
etc ...) et des graisses. Lorsqu'il
reconstitue ses réserves
énergétiques après
un effort soutenu, le pigeon «
fait » d'abord du glycogène
(sucre de réserve) dans son
foie et ses muscles. C'est pourquoi,
il faut d'abord refaire les muscles
du pigeon (en donnant en début
de semaine des légumineuses
riches en protéines, source
de muscle) puis charger ces muscles
en glycogène, et non donner
beaucoup de céréales
(sources d'énergie) en début
de semaine alors que la masse musculaire
partiellement consommée au
cours des voyages précédents
n'a pas été reconstituée.
On amène du combustible alors
que l'endroit pour le stocker n'est
pas prêt. Donc, dés
le mardi, donnez des pois et des
féveroles, puis des céréales
en majorité et de plus en
plus, en fin de semaine. D'ailleurs,
n'avez vous pas remarqué
que les veufs boudent les féveroles
en fin de semaine ?
N'achevons pas cette promenade dans
l'alimentation du pigeon sans évoquer
très rapidement le rôle
des vitamines dans l'utilisation
de la ration. Certes, ce sont des
produits naturels qu'on trouve en
abondance dans les graines. Si ces
graines sont un peu vieilles, la
teneur vitaminique y a fortement
baissé. Si elles ont été
séchées artificiellement,
il en est de même (je pense
par exemple au maïs séché
à l'air chaud où vitamines
A et E, groupe B, ont été
très fortement diminué).
Autre aspect du problème
:l'effort musculaire est un «
mangeur de vitamines u. Si une ration
convenable apporte la plupart des
vitamines nécessaires à
un pigeon sédentaire, un
pigeon soumis aux rudes efforts
d'un vol prolongé aura besoin
d'un supplément vitaminique.
Troisième aspect du problème
: l'apport régulier de vitamines,
même si elles sont éliminées
très vite par le rein, crée
dans le sang et les organes qu'il
irrigue les conditions nécessaires
à un stockage plus important
de réserves (musculaires
énergétiques). De
même, elles ne permettent
l'utilisation optimale lors du vol
de retour.
Voilà la raison d'être
des apports vitamiques supplémentaires
chez nos pigeons de voyage.
Docteur Jean Pierre STOSSKOPF